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   Prière et expérience spirituelle
(Colloque de La Roche du Theil - 2-3 mai 2009)          N° 61 / 2009 - Hors série
 
    Editorial P. Daniel Doré
Ouverture du colloque
P. Michel Meneau, Directeur du Centre Spirituel
Expérience spirituelle et prière
P. Jean-Michel Amouriaux
Les différents modes d'oraison chez St Jean Eudes
Sens de l'élévation chez saint Jean Eudes
P. Jean-Michel Amouriaux
Les manières de faire oraison au regard de l'élévation P. Michel Meneau
Prières d'après St Jean Eudes
La prière apostolique - 1
Sr Marie-Annick Sorel
La prière apostolique - 2
Sr Marie-Louise Vallée
La pluralité des pratiques de la prière chez saint Jean Eudes
P. Michel Meneau
 


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Editorial
 
En juin 1952, la quatrième session de spiritualité eudiste à Paris consacrait ses travaux à « l’oraison dans la spiritualité eudiste ». Alors que nous venons de célébrer la canonisation de sainte Jeanne Jugan, le dossier du colloque de la Roche du Theil sur « Prière et expérience spirituelle » redit l’actualité permanente de cette voie spirituelle.
Aujourd’hui comme hier, les disciples de Jésus ne cessent de redire « Apprends-nous à prier » (Lc 11,1). Ils savent que le commandement du Seigneur sur la prière continuelle colore toute leur existence tant humaine que spirituelle. Et que saint Jean Eudes et ses amis de l’École Française les conduit sur ce chemin.
P. Daniel Doré


 

 
Prière et expérience spirituelle
Ouverture du colloque par le P. Michel MENEAU cjm, directeur du Centre Spirituel


Bienvenue à chacune et chacun de vous qui avez fait ce déplacement jusqu’au Centre Spirituel de la Roche du Theil. A la fois, sans doute, l’attachement au Centre vous mobilise, mais aussi le thème de ce colloque, le deuxième du genre, et qui est : « Prière et expérience spirituelle. »
Rappelez-vous l’an dernier, ce thème : « l’Ecole Française, une source pour aujourd’hui ». Cette année, nous allons regarder comment, à travers la prière, cette source spirituelle nous appelle à l’expérience de la rencontre. En effet, il ne s’agit pas tant d’en savoir plus sur la prière que de faire remonter en nous l’expérience d’une rencontre que la prière nous permet de vivre, car elle est don de Dieu qui nous invite au dialogue. Jean Eudes, Mr Olier, Jean Baptiste de la Salle vont nous accompagner au cours de ce colloque, nous révélant peut-être un peu plus leur propre expérience spirituelle et suscitant que nous nous mettions à leur école.
Bienvenue à vous, Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et Marie, Sœurs du Bon Sauveur de Bretteville, Sœurs du Bon Secours de Paris, et les associés de cette même Congrégation, Sœurs du Bon Pasteur, Sœurs de Notre Dame de Charité, Sœurs du Sacré Cœur de Saint Jacut les Pins, Sœur Charité Notre Dame d’Evron, Sœurs de La Charité de Sainte Marie, dite de la Forêt, à toi Roger, prêtre du diocèse de Rennes, à vous bénévoles et amis du Centre, et à mes frères eudistes, et bienvenue aussi à celles dont je n’ai pas nommé la Congrégation mais dont la place est importante pour porter aujourd’hui le dynamisme de l’Ecole Française de Spiritualité.
Au cours de ce colloque, vous entendrez plusieurs voix. Celle du père Jean Michel Amouriaux, eudiste, initiateur de ces colloques et qui en est l’ardente cheville ouvrière ; celle de Sœur Marie-Annick Sorel de la Congrégation des Saints Cœurs de Jésus et Marie, fidèle entre les fidèle… ; Sœur Marie-Louise Vallée de Charité Notre Dame d’Evron, vivant ici au Centre et qui entre autre a préparé les dossiers et assuré le secrétariat ; Sœur Chantal Piou de la Charité Sainte Marie, dite de la Forêt, qui nous a fait prier lors de nos différentes rencontres de préparation ; Sœur Marie-Paul Loubier de Notre Dame de Charité qui vit aussi avec nous au Centre et qui s’occupe, entre autre, de vos chambres… Aussi si quelque chose ne va pas, vous pourrez lui en parler ; enfin Michel Meneau, de la Congrégation de Jésus et Marie, dite des Eudistes.
Pour commencer ce temps de l’expérience spirituelle, laissons-nous atteindre par la prière de Mr J J Olier : « O Jésus vivant en Marie… », et au-delà des mots et du chant, laissons saisir notre être intérieur par la rencontre que nous sommes invités à vivre avec Marie pour nous offrir à Jésus.

Père Michel MENEAU cjm


 


 
Expérience spirituelle et prière

Mettre à jour le lien entre expérience spirituelle et prière, voilà un projet trop ambitieux, le sujet si vaste que le risque sst grand de tomber dans des schématismes peu utiles à suivre le Christ. Il me faut donc faire des choix : une réflexion générale sur la vie chrétienne comme voie à parcourir, un approfondissement sur l'utilisation du vocabulaire de l'expérience en matière de vie chrétienne, de manière à dédgager dans un troisième temps de possibles liens entre expérience spirituelle et prière. Nous faisons aussi le choix de parler de l'expérience spirituelle en tant qu'expérience chrétienne et non pas l'expérience religieuse si tant est qu'elle existe de manière globale.

1/ A propos de la vie spirituelle comme cheminement

Nous cherchons à comprendre les dynamismes de la vie chrétienne, de manière à mieux les vivre, les approfondir et le cas échéant aider autrui sur son parcours. Mais de quoi parlons-nous à propos d'expérience, de cheminement...? Ce vocabulaire est courant, ce qui ne permet par toujours de parler précisément. Arrêtons-nous à une question : est-il légitime de parler de la vie de foi, la vie chrétienne comme parcours ?

La théologie spirituelle s'intéresse à la relation entre une tradition expérimentale et celui qui se l'approprie. La démarche s'attache à la singularité absolue de l'expérience de Dieu et dont on peut néanmoins rendre compte, en la reconnaissant à la fois vécue par autrui mais aussi dans la possibilité de tendre à un discours pour tous. Cf. C. THEOBALD sj : « l'expérience de Dieu est toujours incomparablement personnelle et justement proposée comme telle à tous ».

Or la nature de l'expérience de foi est de l'ordre du dévoilement en fonction d'une révélation qui est accueillie dans l'humanité, à savoir dans un conditionnement spatial, temporel et causal. L'idée d'une croissance parcourt les Ecritures, parce qu'il en est ainsi des réalités dans le monde, elles ne sont pas données d'un coup mais elles s'accomplissent. Le lieu de l'accomplissement de la révélation est la vie tout entière, aussi bien jusqu'à sa fin que dans tous les domaines de l'existence. Nous pouvons noter quelques références scripturaires, comme ce qui concerne la croissance du Royaume des Cieux (Mt 13; Mc 4,26) ou Paul parlant de sa propre croissance (Ph 3,12-16) ou de celle des Chrétiens (1 Co 2,10 – 3,4, Col 2,2; 3,10). S'il y a croissance, il y a des étapes repérables comme telles, il y a des avant et des après.

La vie de la grâce, si elle est un don permanent, requiert la prise de conscience d'une intégration croissante dans toutes les dimensions de la personne, dans les diverses sphères énoncées par l'anthropologie classique (sanctification de toute la personne corps, âme, esprit selon 1 Th 5,23). Reprenons les mots de Charles-André Bernard dans son Traité de théologie spirituelle : « D'une part, nous tendons à la vie éternelle, car nous recevons la grâce des vertus et des dons comme un principe permanent et comme la source d'un dynamisme infini; de l'autre, étant donné que notre vie naturelle se développe en tendant à une pleine auto-conscience et à une intégration toujours plus complète de notre personnalité, notre vie spirituelle suit nécessairement une évolution temporelle qui se présente, elle aussi, comme un progrès vers la plénitude. Bien plus, l'expérience montre que cette évolution, chez les fidèles qui correspondent à la volonté de Dieu - qui est notre sanctification -, procède selon des étapes assez constantes vers une fin appelée communément perfection, ou mieux sainteté, ou, comme nous le faisons, plénitude. »

Il nous faut alors donner des précisions quant à ce cheminement; précisé »ment comment entrer dans une réflexion sur les étapes. Une première distinction peut être établie entre temps de préparation et temps d'émergence. Dans l'alliance entre l'homme et Dieu, - chacun étant ce qu'il est ! -, les états divers de la vie spirituelle tendent vers l'accueil de l'acte divin, ainsi l'œuvre propre de l'homme est de se disposer à... Les étapes décrites par divers auteurs spirituels indiquent le plus souvent un passage qualitatif : chrysalide et papillon... comme le vieil homme et l'homme nouveau, l'homme extérieur et l'homme spirituel ou intérieur. Ainsi la part de l'homme est de se rendre disponible - disponérse - à l'œuvre du principal acteur. La croissance sur le parcours concerne l'accueil de la grâce pour vivre de la grâce : se disposer ou se remettre à Celui qui donne gratuitement sa puissance de vie. Et cet accueil est de plus en plus conscient. La conscience personnelle a un rôle majeure car cette alliance requiert la collaboration de la personne. Et nous pourrions nous émerveiller et nous étonner de ce désir du cœur humain de vouloir toujours plus être à Dieu. Saint Bonaventure, en rédigeant « Itinerarium mentis in Deum » offre une une description de l'expérience spirituelle mais plus encore une réflexion approfondie sur le dévoilement de la présence divine, au moyen des diverses opérations de la conscience. C-A BERNARD rappelle le statut de ces schémas explicatifs de l'expérience dans sa singularité :« Quelle que soit la valeur des constructions systématiques, tous les auteurs, en ce qui concerne l'itinéraire spirituel, s'accordent sur une division tripartite : commencement, milieu et fin du mouvement spirituel. En réalité, cette division n'est guère qu'une simple indication du progrès de la vie spirituelle. »

Un autre type d'étapes peut être énoncé en prenant le vocabulaire de la conversion. Il y a un premier temps, contact fort avec la réalité divine de telle sorte que la volonté naît de se remettre à celui qui est rencontré. Cette volonté est souvent incertaine, elle peut être tournée vers soi-même, dans la quête de soi. La vie baptismale avec ses contours et procédures communes se met en place, comme possibilité, autre étape s'effectue dans l'expérience personnelle. Il y a ici de longues descriptions dans les traités de vie spirituelle. Cf. C-A BERNARD TTS 403 : « lorsque la personne se considère comme responsable de l'ensemble de sa vie devant Dieu, c'est-à-dire lorsque la relation à Dieu devient une relation de personne à personne ».

La foi devient une détermination personnelle, avec moins d'extériorité, y compris de la loi morale, des exercices et des moyens. Il en résulte une Intégration intérieure des données de la foi, principalement ce qui fait le cœur de la foi : la geste pascale, la mort et la résurrection du Christ. Le désir de se laisser déterminer par l'Evangile, par les paroles de l'Eglise va croissant. On pourrait parler de déploiement de la conversion, puisque de nouvelles déterminations sont prises visant l'ensemble des sphères de l'existence. Et il y a tout un pan de la théologie spirituelle qui consiste à comprendre, fonder théologiquement, enseigner ce qui s'accomplit dans la personne humaine lorsqu'elle s'en remet ainsi à la grâce de Dieu. Le développement dans le temps de la vie spirituelle vers la plénitude de la vie chrétienne.

Le cheminement se poursuit, en empruntant des voies nouvelles, un itinéraire qui a besoin d'être balisé. Il faut introduire ici la notion d'itinéraire spirituel. Il s'agit de la mise en place de la vie spirituelle, une sorte de voie commune : la foi comme détermination de l'existence (cf. « obéissance de la foi » Rm 16,27). C'est la visée des groupes chrétiens et de la vie paroissiale; c'est aussi la visée de toute l'activité de l'Eglise : remettre toute réalité à la seigneurie du Christ (cf. 1 Co 15,25).

Peut aussi survenir ce que diverses traditions appellent une seconde conversion. Cette autre étape est caractérisée par une conviction intérieure forte : lorsque le désir de se laisser déterminer a mis à jour l'impossibilité de le faire sans la grâce, il y a alors la nécessité intérieure d'un nouveau retournement. Ce retournement est un décentrement plus profond qui conduit à une remise de soi jusque dans la possibilité de la remise de soi à la grâce de Dieu. Laisser Dieu accomplir son œuvre en soi est perçu à la fois comme inéluctable et impossible ; la volonté de suivre de Christ reconnaît sa limite et cherche à remettre cette limite à la puissance du Christ. Cette conversion comprend elle-même des approfondissements qui ressaisissent l'ensemble de l'intérieur dans cette nouvelle démarche qui pourrait être dite d'abandon de l'abandon de soi.

Cette seconde conversion - qui peut compter d'autres conversions - revêt trois caractéristiques : c'est une conversion universelle dans le sens où elle rejoint toutes les dimensions de la personne humaine, conversion sincère et constante qui a franchi comme un point de non-retour dans le psychisme entré dans une dépendance radicale – aux racines de la conscience personnelle -. Nous pouvons cité ici les expériences de saint François d'Assise ou de saint Ignace de Loyola, ou dans notre tradition propre les chemins de détour de Jean-Jacques Olier, les révélations missionnaires de la bienheureuse Marie de l'Incarnation Guyart.

K. RAHNER n'hésite pas à interroger la notion d'itinéraire, en obligeant à préciser les contours de ce qui semblerait aller de soi. Son approche permet, au final, de dégager la notion de sainteté de celle de perfectionnement moral, pour retrouver le plein sens de la vie mystique, mise en lumière étonnée et émerveillée de cette « possibilité inouïe qu'a l'homme d'augmenter la profondeur existentielle des actes ». C'est alors que les diverses écoles comme le Carmel, s'attachant essentiellement à décrire les degrés de cette vie mystique, trouve leur vigueur pour aujourd'hui, avec l'accueil d'une pensée traditionnelle dans des catégories théologiques accessibles aux pensées contemporaines.


2/ Le sens de l'expérience chrétienne

Nous passons d'une conception de la vie chrétienne en étapes ou degrés à une conception en dynamismes, ou de croissance de « la profondeur existentielle des actes ».. Nous nous arrêtons sur un point précis : sur quoi porte cette croissance de la foi ? Qu'en est-il de ce vocabulaire de l'expérience, jusqu'où ce vocabulaire nous entraîne-t-il ? Quelle est l'expérience chrétienne appelée à augmenter ? Revenir sur ce qu'est une expérience chrétienne, c'est mieux saisir les dynamismes de la vie chrétienne, en particulier sous l'angle de la foi. Ce vocabulaire aurait été impossible il y a encore un siècle, car en raison de la crise anti-mystique du début du XVIIIème siécle, le soupçon était généralisé sur tout ce qui touche de près ou de loin ce qui échapperait à la rationnalité. Il y a sans doute une peur du subjectivisme lié au protestantisme, et il est clair qu'il nous faut approfondir ce vocabulaire avec cet arrière-fond historique des réformes et de la place de l'institution qui contrôle l'expérience dans sa singularité, sas subjectivité.

1/ Parler d'expérience chrétienne, c'est accepter le sens commun du mot expérience (en dehors du contexte scientifique) : c'est la manière la plus complète par laquelle nous savons une réalité qui se présente à nous ; faire l'expérience de quelque chose ou de quelqu'un c'est accueillir ce qui advient comme étant vrai pour moi, ce que je sais être vrai dans les conditions actuelles de ma liberté.

2/ Ce terme peut s'appliquer d'une manière générale à l'expérience religieuse : au cours de son existence l'être humain peut chercher à faire une expérience religieuse dans le sens de la connaissance vraie d'une réalité absolue, qui comme telle déterminera sa vie. Dans la tradition judéo-chrétienne, l'expérience de l'absolu a une originalité précise : l'absolu vient s'offrir à l'expérience de l'être humain, il se révèle.

3/ Dans la tradition chrétienne, cette révélation est elle-même précisée : il s'agit de faire l'expérience de Jésus de Nazareth, mort et ressuscité. Or cette révélation revêt deux caractéristiques : l'appel à la mémoire historique, par le moyen du texte de la Bible, et l'appel à une cohérence de vie à créer notamment par la médiation de signes de la présence de celui dont il est fait mémoire. La référence à la mémoire et à la créativité définit la mission de l'Esprit Saint, ce qui permet de comprendre la vie chrétienne comme vie spirituelle. Le chrétien fait l'expérience de l'Esprit de Dieu, expérience de communion au Christ vivant, de telle sorte que son existence en soit déterminée totalement. L'expérience chrétienne est toute entière dans cette relation vivante avec Jésus Christ, cet homme de l'histoire et du présent ouvert vers l'avenir. Le contenu de l'expérience chrétienne, ce savoir vrai qui détermine l'existence chrétienne, - la foi -, est « la communion à l'unique Seigneur mort et ressuscité ». Et c'est la foi, ainsi définie en terme d'expérience, qui est appelée à la croissance, à une intensité plus grande, aussi bien dans la connaissance de Jésus Christ que dans ce que cela détermine aujourd'hui en terme de créativité.

4/ Or il ne suffit pas de définir les grandes « lignes structurelles » de l'expérience chrétienne, pour savoir reconnaître que c'est bien cette expérience dans la durée de l'existence. Il faut des critères de vérification. Le terme même d'expérience me renvoie à ma subjectivité et j'ai aussi besoin d'une objectivité qui me permet de situer mon expérience dans un ensemble plus vaste que moi seul, de manière à l'accueillir comme vraie, car si la créativité m'échoit la mémoire me vient d'ailleurs. Comment articuler subjectivité de l'expérience et objectivité des données de la foi. L'expérience chrétienne est toujours de l'ordre de la foi et non de la vision directe, donc que toujours la question de l'articulation se pose ! Et la tradition précise ce qui s'articule : l'expérience singulière est régulée par la règle de foi de l'Eglise. L'expérience chrétienne se présente ainsi comme l'intégration (subjective) de ce que l'Eglise transmet (objectivement) de Jésus Christ, en particulier par la médiation de la Parole et des sacrements, principalement par le ministère ordonné.

5/ Un terme est introduit pour qualifier l'expérience chrétienne ainsi discernée : « savoir expérientiel » ce qui signifie que la croissance de la foi comme connaissance de Jésus Christ vivant dans l'Esprit Saint détermine progressivement tous les aspects de la vie de l'homme. Ainsi ce qui augmente dans la vie de foi c'est le savoir sur Jésus Christ mais aussi ce qui est « inventé » pour se mettre à sa suite, sans rien laisser de côté des divers domaines de l'existence humaine. L'expérience chrétienne a du coup comme surface la vie humaine tout entière, introduisant un « rapport radical et fondateur » entre expérience chrétienne et expérience humaine On retrouve ici ce maître spirituel comme François de Sales a pu dire : être chrétien c'est être « tant homme que rien plus ». Grandir dans la foi ce n'est pas dire « Seigneur, Seigneur... » mais laisser l'Esprit qui révèle toute chose du Christ conformer la vie à celle de l'unique Seigneur.

Dans l'Ecole Française, nous ne disons pas autre chose lorsque nous voyons que ce qui est proposé comme méthode d'oraison est à vrai dire la vie chrétienne elle-même. cf. JJ Olier et la méthode d'oraison. cf. Jean Eudes et les 4 fondements de la vie chrétienne


3/ La dynamique de la prière au service du cheminement de l'expérience spirituelle

L'expérience spirituelle est un processus qui a ses pratiques et ses repères. La prière jalonne l'expérience, elle est le milieu de l'expérience chrétienne, le lieu de l'effectuation de la vie chrétienne, non pas l'accomplissement car cela c'est la vie tout entière mais le lieu où se noue la révélation objetive et l'accueil subjectif. Je reprends ici des éléments de l'homélie pascale prononcée cette année par le Pape Benoît XVI.

La prière peut être comprise comme ouverture de soi à Dieu et illumination, il s'agit alors d'accueillir la force – la vertu - de la foi. Cette foi est participation à la lumière divine, elle est communication de la pensée de Dieu, ou comme nous l'avons dit plus haut, ce qui détermine l'existence chrétienne est « la communion à l'unique Seigneur mort et ressuscité». La prière est ouverture de soi au coeur de la foi, et le signe de la lumière pascal, le Cierge pascal en est la manifestation symbolique la plus expressive au coeur de nos liturgies.

« Là où il y a la lumière, la vie apparaît, le chaos peut se transformer en cosmos. Dans le message biblique, la lumière est l'image la plus immédiate de Dieu : Il est tout entier Clarté, Vie, Vérité, Lumière. Dans la Veillée pascale, l'Église lit le récit de la création comme une prophétie. Dans la résurrection, ce que ce texte décrit comme le début de toutes choses, s'accomplit d'une manière plus sublime. Dieu dit à nouveau : « Que la lumière soit ! ». La résurrection de Jésus est une irruption de lumière. La mort a été vaincue, le sépulcre est grand ouvert. Le Ressuscité est lui-même la Lumière, la Lumière du monde. Avec la résurrection, le jour de Dieu entre dans les nuits de l'histoire. A partir de la résurrection, la lumière de Dieu se répand dans le monde et dans l'histoire. Le jour se lève. (...)

Le travail intérieur qui se réalise dans la prière est dans ce double mouvement d'amour et de vérité. Le coeur est travaillé par Dieu dans la prière, produisant une oeuvre de vérité sur soi-même mais aussi sur autrui, le monde, Dieu et ses mystères. C'est l'oeuvre de l'Esprit de vérité, illumination dont nous accusons réception dans la prière. Et c'est encore dans ce creuset que notre vie se conforme au Christ jusque dans la capacitré d'aimer selon son commnadement nouveau. L'iIllumination concerne tout l'intérieur de la personne, son l'intelligence, sa mémoire et sa volonté.

Dans la création elle sépare la lumière des ténèbres, c'est-à-dire le bien du mal. Elle indique à l'homme la voie juste pour qu'il puisse vivre véritablement. Elle lui indique le bien, elle lui montre la vérité et elle le conduit vers l'amour, qui est son contenu le plus profond. Elle est « une lampe» sur nos pas et « une lumière » sur le chemin (cf. Ps 118, 105). Dans la Veillée pascale, l'Église représente le mystère de lumière du Christ par le signe du cierge pascal, dont la flamme est à la fois lumière et chaleur. Le symbolisme de la lumière est lié à celui du feu : luminosité et chaleur, luminosité et énergie de transformation contenue dans le feu - vérité et amour vont ensemble. Le cierge pascal brûle et ainsi il se consume : la croix et la résurrection sont inséparables. De la croix, de l'autodonation du Fils, naît la lumière, advient la vraie luminosité du monde. C'est au cierge pascal que tous nous allumons notre cierge, surtout celui des nouveaux baptisés, pour lesquels le Sacrement fait descendre dans les profondeurs de leur cœur la lumière du Christ.

La prière se présente comme facteur de transformation de toute la personne ; il s'agit alors d'accueillir la force de la charité. La prière se présente sur notre chemin d'humanisation comme ce qui par la lumière de la foi nous permet d'intégrer les événements qui surviennent en notre existence comme autant d'expériences, et de les insérer dans l'ensemble plus vaste que nous avons appelé expérience chrétienne. Un même événement peut être vécu comme une mort mais il peut devenir un lieu de vie, et même lieu de résurrection de toute l'existence jusqu'à pouvoir communiquer vie à autrui. Cette transformation se fait en nous par l'accueil des dons du Saint Esprit, ainsi lorsque nous relisons Is 11 avec l'énumération des dons de l'Esprit de Dieu, ils apparaissent comme ce qui permet effectivement de se situer dans l'existence :sagesse et intelligence, conseil et force, connaissance et crainte du Seigneur Éternel. Ce sont autant de ressources de l'Esprit données à nos esprits humains pour devenir ce que nous sommes par grâce, devenir Celui que nous contemplons dans la lumière de la foi.

Le deuxième symbole de la Veillée pascale - de la nuit du Baptême - est l'eau. Dans la Sainte Écriture, et donc également dans la structure intérieure du sacrement du Baptême, elle apparaît avec deux sens opposés. Il y a d'une part la mer qui est vue comme la puissance antagoniste de la vie sur la terre, comme une menace permanente, à laquelle toutefois Dieu a imposé une limite. (…) C'est l'élément de la mort. Et il devient ainsi la représentation symbolique de la mort de Jésus en croix : le Christ est descendu dans la mer, dans les eaux de la mort comme Israël dans la Mer Rouge. Relevé de la mort, Il nous donne la vie. Cela signifie que le Baptême n'est pas seulement un bain, mais une nouvelle naissance : avec le Christ nous descendons quasiment dans l'océan de la mort, pour remonter comme des créatures nouvelles.
L'eau nous est présentée aussi d'une autre manière : comme la source fraîche qui donne la vie, ou aussi comme le grand fleuve d'où provient la vie. (…) Saint Jean nous raconte qu'un soldat avec une lance perça le côté de Jésus et que, de son côté ouvert - de son cœur transpercé -, sortit du sang et de l'eau (cf. Jn 19, 34). L'Église primitive y a vu un symbole du Baptême et de l'Eucharistie qui dérivent du cœur transpercé de Jésus. Dans la mort, Jésus est devenu Lui-même la source. Au cours d'une vision, le prophète Ézéchiel avait vu le nouveau Temple duquel jaillit une source qui devient un grand fleuve qui donne la vie (cf. Ez 47, 1-12) - dans une terre qui souffrait toujours de la soif et du manque d'eau, c'était là une grande vision d'espérance. La chrétienté des débuts a compris : dans le Christ, cette vision s'est réalisée. Il est le vrai et vivant Temple de Dieu. C'est Lui la source d'eau vive. De lui jaillit le grand fleuve qui, dans le Baptême, fait fructifier le monde et le renouvelle, le grand fleuve d'eau vive, son Évangile qui rend la terre féconde.
Dans un discours durant la fête des Tentes, Jésus a cependant prophétisé une chose encore plus grande : « celui qui croit en moi... des fleuves d'eau vive jailliront de son cœur » (Jn 7, 38). Dans le Baptême, le Seigneur fait de nous non seulement des personnes de lumière, mais aussi des sources d'où jaillit l'eau vive. (…) Demandons au Seigneur, qui nous a donné la grâce du Baptême, de pouvoir être toujours des sources d'eau pure, fraîche, jaillissant de la source de sa vérité et de son amour !

Ce dernier mot est essentiel : si la prière est le temps de la transformation de ce que nous vivons en chemin de vie pour soi-même et pour autrui, alors ce qui jaillit de la prière ainsi comprise comme processus est l'amour, la charité, fruit de l'arbre de vie.

Enfin, nous regardons la prière comme louange au Christ Victorieux ; il s'agit pour nous d'accueillir la force de l'espérance.

Le troisième grand symbole de la Veillée pascale est de nature toute particulière ; il implique l'homme lui-même. C'est entonner le chant nouveau - l'alléluia. Quand un homme fait l'expérience d'une grande joie, il ne peut pas la garder pour lui. Il doit l'exprimer, la communiquer. Mais qu'arrive-t-il lorsqu'une personne est touchée par la lumière de la Résurrection et entre ainsi en contact avec la Vie même, avec la Vérité et avec l'Amour ? Elle ne peut pas se contenter simplement d'en parler. Parler ne suffit plus. Elle doit chanter. L'acte de chanter est mentionné pour la première fois dans la Bible après le passage de la Mer Rouge. Israël s'est libéré de l'esclavage. Il est sorti des profondeurs menaçantes de la mer. Il est comme né de nouveau. Il vit et il est libre. (...)
Et l'Église ne doit-elle pas toujours marcher, pour ainsi dire, sur la mer, à travers le froid et le feu ? Humainement parlant, elle devrait sombrer. Mais tandis qu'elle marche encore au milieu de la Mer Rouge, elle chante - elle entonne le chant de louange des justes : le chant de Moïse et de l'Agneau, dans lequel s'accordent l'Ancienne et la Nouvelle Alliance. Alors qu'au fond elle devrait sombrer, l'Église chante le chant d'action de grâce de ceux qui sont sauvés. Elle marche sur les eaux de mort de l'histoire et toutefois elle est déjà ressuscitée. En chantant, elle s'agrippe à la main du Seigneur, qui la tient au-dessus des eaux. Et elle sait qu'ainsi elle est hissée hors de la force de gravité de la mort et du mal - force à de laquelle il serait impossible autrement d'échapper - qu'elle est élevée et attirée au sein de la force de gravité de Dieu, de la vérité et de l'amour. Pour l'instant, elle se trouve encore entre les deux champs de gravité. Mais depuis que le Christ est ressuscité, la gravitation de l'amour est plus forte que celle de la haine ; la force de gravité de la vie est plus forte que celle de la mort. N'est-ce pas là réellement la situation de l'Église de tout temps ? On a toujours l'impression qu'elle doit sombrer et, toujours, elle est déjà sauvée.

N'est-ce pas ce que nous avons à accomplir dans la prière : entrer dans le combat eschatologique du Christ vainqueur sur les forces du mal, dans nos expériences singulières mais aussi dans la vie apostolique ? La prière, notamment par la louange, est un combat des pensées qui s'appuie non pas sur elle-même et ses forces si minces mais sur Celui qui est Victorieux. La louange est un rempart car elle ne peut se vivre que dans le décentrement de soi, elle actue la foi en la Victoire et permet à celui qui prie de tenir.

Nous voyons ainsi la prière comme moteur de la vie chrétienne, de la vie spirituelle. En des termes plus proches de l'Ecole Française de spiritualité, nous aurions dit que la vie spirituelle est de former Jésus en soi. Et nous n'avons pas dit autre chose, car tous les symboles repris de l'homélie pascale sont nécessairement christiques ! De plus, toutes les dimensions de la personne sont ici évoquées comme ce qui est consacré par nature à la visitation divine ! Nous sommes faits pour accueillir la grâce de Dieu qui nous unit à Lui et en Lui, pour devenir participants de la nature divine. La prière se présente comme des portes par lesquelles nous accédons à la vie chrétienne ; elle n'est pas la vie chrétienne mais c'est en elle qu'elle s'accomplit ; c'est pour cela que Jean Eudes dira que rien n'est plus important, comme condition de possibilité de la vie en Jésus Christ.
P. J-M AMOURIAUX cjm


 


 
Le sens de l'élévation chez saint Jean Eudes 

Considérons la manière de concevoir la vie chrétienne selon saint Jean Eudes : une continuation et un accomplissement des mystères de la vie du Christ, une adhésion de tout notre être au désir du Christ de continuer et accomplir en nous sa vie. C'est le dessein du Père réalisé actuellement par le don du Saint Esprit qui forme en nous le Christ. C'est ainsi vous le savez que la Vierge Marie est contemplée comme la première chrétienne.

Jean Eudes propose particulièremetn quatre dimensions de la vie du Christ qui garantissent que tout y est !
Puisque nous n'avons droit de vivre au monde que pour y continuer la vie sainte et parfaite de notre chef, qui est Jésus, il y a quatre choses que nous devons souvent considérer et adorer dans la vie que Jésus a eue sur la terre, et que nous devons tâcher, autant qu'il nous est possible, avec l'aide de sa grâce, d'exprimer et continuer en notre vie, comme quatre choses qui sont les quatre fondements de la vie, de la piété et sainteté chrétienne. OC I 167

Il retient la foi, le renoncement au péché, le dégagement et l'oraison. C'est bien sûr pour insister sur ce dernier point que je reprends cette démarche de Jean Eudes, pour placer l'oraison dans un ensemble plus vaste qui est l'expérience chrétienne dans son ensemble.

Ecoutons ce qu'il dit de la foi :
C'est une lumière céleste et divine, une participation de la lumière éternelle et inaccessible, un rayon de la face de Dieu; ou pour parler conformément à l'Écriture, la foi est comme un divin caractère, par lequel la lumière de la face de Dieu est empreinte dans nos âmes (cf. Ps 4,7). C'est une communication, et comme une extension de la lumière et science divine qui a été infuse dans l'âme sainte de Jésus au moment de son Incarnation. C'est la science de salut, la science des Saints, la science de Dieu, que Jésus Christ a puisée dans le sein de son Père, et qu'il nous a apportée en la terre pour dissiper nos ténèbres, pour illuminer nos cœurs, pour nous donner les connaissances nécessaires afin de servir et aimer Dieu parfaitement... OC I 168

De l'éloignement du péché :
O chrétiens qui lisez ces choses toutes fondées sur la parole de la Vérité éternelle, s'il vous reste encore quelque petite étincelle d'amour et de zèle pour le Dieu que vous adorez, ayez en horreur ce qu'il a tant en horreur et ce qui lui est si contraire. Craignez et fuyez le péché plus que la peste, plus que la mort et plus que tous les autres maux imaginables. … Et afin que Dieu vous garde de ce malheur, ayez soin d'éviter aussi, tant qu'il vous sera possible, le péché véniel. Car vous devez vous souvenir qu'il a fallu que Notre Seigneur ait répandu son sang et mis sa vie, aussi bien pour effacer le péché véniel que le mortel. OC I 176-177

Le dégagement (des choses) du monde :
J'entends par les choses du monde, tout ce que le monde estime, aime et recherche tant, à savoir; les honneurs et louanges des hommes, les vains plaisirs les contentements, les richesses et commodités temporelles, les amitiés et affections qui sont données sur la chair et le sang, sur l'amour propre et le propre intérêt. OC I 178
Suit un long texte sur la joie d'appartenir au Saint Esprit, puis vient le dégagement de soi comme l'amour propre et la volonté propres qui freinent le décentrement de soi, et ce que Jean Eudes présente comme la perfection du dégagement chrétien qui est d'être dégagé de Dieu :
La perfection de l'abnégation ou dégagement chrétien ne consiste pas seulement à être détaché du monde et de soi même; mais elle nous oblige même d'être détachés de Dieu en quelque façon. Ne savez vous pas que Notre Seigneur, étant encore en la terre, assura ses apôtres qu'il était expédient qu'il se séparât d'avec eux pour s'en aller à son Père et pour leur envoyer son Saint Esprit? Pourquoi cela, sinon parce qu'ils étaient attachés à la consolation sensible que la présence et conversation visible de son humanité sacrée leur apportait; ce qui était un empêchement à la venue de son Saint Esprit en eux, tant il est nécessaire d'être détaché de toutes choses, pour saintes et divines qu'elles soient, afin d'être animé de l'esprit de Jésus, qui est l'esprit du christianisme. OC I 187-188
 
 
Puis vient l'oraison comme 4ème fondement de la vie et de la sainteté des disciples du Christ :
Le saint exercice de l'oraison doit être mis au rang des principaux fondements de la vie et sainteté chrétienne, parce que toute la vie de Jésus Christ n'a été qu'une perpétuelle oraison, laquelle nous devons continuer et exprimer en notre vie, comme une chose laquelle est si importante et si absolument nécessaire, que la terre qui nous porte, l'air que nous respirons, le pain qui nous sustente, le coeur qui bat dans notre poitrine, ne sont point si nécessaires à l'homme pour vivre humainement, comme l'oraison est nécessaire à un chrétien pour vivre chrétiennement. La raison de cela est :
- Parce que la vie chrétienne, que le Fils de Dieu appelle la vie éternelle, consiste à connaître et aimer Dieu (cf. Jn 17,3). Or c'est dans l'oraison que cette divine science s'apprend.
- Parce que, de nous mêmes, nous ne sommes rien, nous ne pouvons rien, nous n'avons rien que pauvreté et néant. C'est pourquoi nous avons très grand besoin d'avoir recours à Dieu à toute heure, par le moyen de l'oraison, pour obtenir et recevoir de lui tout ce qui nous manque.


Or l'oraison, c'est une élévation respectueuse et amoureuse de notre esprit et de notre coeur vers Dieu. C'est un doux entretien, une sainte communication et une divine conversation de l'âme chrétienne avec son Dieu, là où elle le considère et contemple dans ses divines perfections, dans ses mystères et dans ses oeuvres; elle l'adore, le bénit, l'aime ,le glorifie, se donne à lui, s'humilie devant lui en la vue de ses péchés et ingratitudes, le prie de lui faire miséricorde, apprend à se rendre semblable à lui en imitant ses divines vertus et perfections, et enfin lui demande toutes les chose dont elle a besoin pour le servir et aimer.
C'est une participation de la vie des Anges et des Saints, de la vie de Jésus Christ et de sa très sainte Mère et de la vie de Dieu même et des trois personnes divines. Car la vie des Anges, des Saints, de Jésus Christ et de sa très sainte Mère n'est autre chose qu'un continuel exercice d'oraison et de contemplation, étant sans cesse occupés à contempler, glorifier et aimer Dieu, à lui demander pour nous les choses qui nous sont nécessaires. Et la vie des trois personnes divines est perpétuellement occupée à se contempler, glorifier et aimer les unes les autres, qui est ce qui se fait premièrement et principalement dans l'oraison.
C'est la parfaite félicité, le souverain bonheur et le vrai paradis de la terre. Car c'est par ce divin exercice que l'âme chrétienne est unie à son Dieu, qui est son centre, sa fin et son souverain bien. C'est là qu'elle le possède et qu'elle est possédée de lui. C'est là qu'elle lui rend ses devoirs, ses hommages, ses adorations, ses amours, et qu'elle reçoit de lui ses lumières, ses bénédictions et mille témoignages de l'amour excessif qu'il a pour elle. C'est là enfin que Dieu prend ses délices en nous , selon cette sienne parole: Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes (Pr 8,31), et qu'il nous fait connaître par expérience que les vraies délices et les parfaits contentements sont en Dieu, et que cent, voire mille ans des faux plaisirs du monde ne valent pas un moment des véritables douceurs que Dieu fait goûter aux âmes qui mettent tout leur contentement à converser avec lui par le moyen de la sainte oraison.
Enfin, c'est l'action et l'occupation la plus digne, la plus noble, la plus relevée, la plus grande et importante en laquelle vous puissiez vous employer, puisque c'est l'emploie et l'occupation continuelle des Anges, des Saints, de la très sainte Vierge, de Jésus Christ et de la très sainte Trinité, durant tous les espaces de l'éternité; et que ce doit être pour jamais notre exercice perpétuel dans le ciel. Voire même, c'est la vraie et la propre fonction de l'homme et du chrétien, puisque l'homme n'est créé que pour Dieu, pour être en société avec lui; et que le chrétien n'est sur la terre que pour y continuer ce que Jésus Christ y a fait pendant qu'il a été. OC I 191-193

Arrêtons-nous sur le mot « elévation » qui est énoncé au début de ce long texte. Nous pouvons la définir ainsi : c'est la forme particulière de prière qui correspond au mouvement intérieur de l'homme aspiré par Dieu. Le Dieu trois fois saint qui est adoré est le Dieu créateur, source de vie, celui qui crée par son Verbe. Ainsi tout ce qui existe, toute réalité est créature, qui est donc dans un lien fondamental avec le Créateur. Le lien est encore plus profond que l’existence ; c’est une dépendance originelle, pour ainsi dire d’essence. Il est depuis toujours en tant que son image « capacité de Dieu ». Dieu est véritablement souverain de tout ce qui est ; les yeux croyants parviennent à mettre au jour cette dépendance radicale de tout ce qui est. La Gloire de Dieu est ainsi présente en toute chose. Toute chose est créature, et chacune est un des multiples reflets de l’Unique Créateur. Tout est fait par Dieu et pour Dieu, pour chanter sa Gloire et le louer.

A cela correspond l’attitude humaine de respect, de révérence, de crainte selon la terminologie biblique. Cette attitude se traduit par la démarche religieuse de l’adoration, cette manière bien particulière de « se tourner vers » tout entier. « C’est une chose grande que d’aimer Dieu » (Bérulle). L’attitude première est l’adoration aimante, parce que « il n’y a rien de grand que Dieu et ce qui rend hommage à Dieu » (Bérulle OP XI col 1245 Migne). Cette conception, l'abbé Brémond l’a nommée « théocentrisme » ; au XVIIe siècle on parlait plus directement de gloire de Dieu. Il s’agit de vivre pour Dieu, pour sa gloire. C’est l’horizon de tout ce qui est. On pourrait parler d’aspiration théocentrique : les yeux sont tournés vers l’infini, les perfections, la contemplation du mystère.

Un texte de Bérulle, dans les Oeuvres de piété, énonce remarquablement ce mouvement :
Ce doit être un de nos soins, de joindre notre mouvement propre et particulier au mouvement naturel et universel que Dieu imprime dans la nature, de tendre à Dieu et conduire l’usage de notre être selon le vouloir de celui qui nous a donné l’être, étant à lui ; vivant à lui, pensant à lui et référant notre vie, notre puissance, nos desseins, nos emplois, nos actions à lui. Bénissons Dieu qui nous a donné l’être et un tel être qui a rapport à lui et mouvement vers lui. Ce mouvement est imprimé par la puissance du Créateur dans l’intime de sa créature et dans le fonds de l’être créé, dès l’instant même qu’il est créé. Et c’est un mouvement si profond et si puissant que la volonté n’y peut atteindre pour le combattre, que le péché commis ne le peut arrêter, que l’enfer ne le pourra effacer. Ce mouvement durera autant que la même créature et est inséparable d’avec elle. n° 175, OC IV, p. 26-27

La première attitude de l’homme n’est pas de se tourner vers soi mais vers Dieu : « Il faut premièrement regarder Dieu et non pas soi-même, et ne point opérer par ce regard et recherche de soi-même, mais par le regard pur de Dieu » dit encore Bérulle. Et lorsqu'il Bérulle parle de « regard » il s’agit profondément d’un consentement, d’une aspiration. L’action, l’oraison, la pensée se portent directement sur Dieu, sans retour sur-soi, sans pourquoi. Cette école a voulu (re)mettre Dieu au centre de la vie du monde et de la vie de l’homme. Dieu est premier. Dans la vie spirituelle, l’adoration se traduit par le décentrement de soi, à la fois par grâce et par ascèse. S’ouvrir à Dieu pour Dieu, le choisir et l’aimer, c’est le connaître. « De même vis-à-vis de Dieu, nous pouvons prendre comme point de départ notre aspiration personnelle, notre désir de divin, notre dette envers notre Créateur et Sauveur et passer de nos réflexions sur ce que nous avons reçu au dialogue avec lui. Nous sommes ainsi conduits à l’action de grâces, dans laquelle nous avons conscience d’être bénéficiaires. Mais nous pouvons aussi accueillir d’emblée l’appel que Dieu nous adresse. Cette seconde attitude mène droit à l’adoration, sans l’oubli de soi. »

L'homme est dans un rapport d’appartenance à l’égard de Dieu, par sa qualité de créature. Deux thèmes se croisent, qui annoncent une anthropologie équilibrée : l’homme sommet de la création, l’homme accompli dans le Christ. Le terme choisi par Bérulle est l’accomplissement. Lorsqu’il est question du péché, c’est surtout pour dire la nécessité de rétablir la création dans le projet initial de Dieu. L’Incarnation et la Rédemption sont perçues dans cette perspective patristique de la Création accomplie. La vision est grandiose : toute la création aspire à la venue du Fils de Dieu. Le titre, et derrière le mot, le sens retenus pour dire le Christ, ce sont des mots des prophètes : germe, fleur, orient… tout ce qui va dire un accomplissement de la création. Dieu est principe et fin de la créature. L’homme n’est rien sans Dieu. Il doit donc s’attacher d’abord à Dieu lui-même. C’est la contemplation de Dieu qui met l’homme dans sa vérité. L’homme doit « consentir à son origine », c’est-à-dire reconnaître que sa relation à Dieu est constitutive de lui-même et qu’il n’est rien si Dieu ne le crée pas à chaque instant de son existence. Il doit « tendre à sa fin », c’est-à-dire choisir d’entrer librement dans le mouvement que Dieu créateur a inscrit en l’homme et qui le tire vers lui. L’idéal est que l’homme adore et aime Dieu par état et par être, c’est-à-dire qu’il éprouve à chaque instant de sa vie et au plus intime de lui-même ce mouvement qui le fait tendre vers Dieu. L’homme est placé par l’être même de Dieu dans une certaine position. Bérulle parle de servitude ; et l’adoration consiste à ratifier cette servitude. La démarche spirituelle d’adoration passe par un détournement de soi-même, une « mort à soi-même », un « anéantissement », un « sacrifice »… pour reconnaître Dieu et vivre selon ce qu’il est et ce qu’est l’homme. L’homme est capable de Dieu, et il est invité pour répondre à ce qu’il est à devenir « pure capacité de Dieu ». L'élévation est le mouvement intérieur de prière selon lequel cette adhésion s'effectue.
P. J-M AMOURIAUX cjm
 



 
Les manières de faire oraison au regard de l'élévation
 
Merci à Jean Michel de nous avoir présenté ce que veut dire « élévation » chez St Jean Eudes. Aussi, si je voulais être fidèle à cette démarche pour vous présenter les 5 manières de faire oraison qu’il nous propose, voilà ce qu’il me faut vous dire et ce que nous devrions constamment essayer de faire :
« O Jésus tu es tout en mon cœur ! O Jésus tu es toute présence en notre rencontre ! O Jésus lorsque tu parlais aux foules, tu disais la parole de ton Père ! O Jésus que ma parole soit accordée à ta parole ! »
Et lorsque je vous parle des cinq manières de faire oraison à la suite de St Jean Eudes, il faudrait en même temps que mon cœur te parle ainsi. C’est un exercice qu’il faut arriver à mettre en œuvre afin que chaque instant de notre vie se tourne en disponibilité à Dieu. Pour vous qui m’écoutez, l’attitude doit être la même. Que votre cœur à vous soit écoute jusqu’à ce que vous puissiez avoir le cœur qui dit :
« O Jésus, à travers les paroles de Michel, fais-moi écouter ta parole ! O Jésus, je te rends grâce de me faire goûter ta manière de prier ! O Jésus je te rends grâce de m’accompagner dans l’écoute ! »
Ainsi chacune et chacun de nous, à sa place peut vivre en oraison tout en parlant, en ce qui me concerne, tout en écoutant, en ce qui vous concerne. L’élévation est une attitude intérieure forte. Ecoutons la différence : « Jésus, je t’aime » et « O Jésus, je veux t’aimer sans cesse ! » Il y a comme une aspiration intérieure très forte ; vraiment je veux m’élever jusqu’à toi, prends-moi dans ta spirale d’amour.

Ecoutons maintenant ces diverses manières de faire oraison :

1. La première manière ou encore oraison mentale, ou encore oraison intérieure, est un entretien avec Dieu.

Un entretien, cela veut dire qu’il y a des paroles données et des paroles reçues de part et d’autre. Notre tentation bien humaine, c’est de prendre la parole le premier, et pas forcément attendre la réponse de l’autre. Notre tentation, c’est de poser des questions, ou de vouloir que l’autre accompagne avec acquiescement ma demande. Or vivre l’oraison mentale, c’est en tout premier apprendre à écouter, à ne pas prendre la parole en premier. « O Jésus toi qui veux te révéler, aide-moi à t’écouter ! O Jésus, je te donne mon cœur, mon intelligence afin que je me dispose à ta parole ! »
Puis Jean Eudes suggère un contenu pour les entretiens en prenant soit une perfection de Jésus « O Jésus, ton accueil des personnes, quelle écoute et quel respect ! O Jésus viens mettre en moi cette même attention ! » Ou encore un mystère « O Jésus que ta capacité d’obéir à la volonté du Père est étonnante ! Tu te disposes totalement à lui, O Jésus apprends moi à servir cette volonté ! » Ou encore une vertu « O Jésus, je t’adore en ta vertu d’humilité ! Tu as su rejoindre le plus pauvre de nos vies, O Jésus aide-moi à t’accueillir dans ce lieu-là de ma vie ! » Ou encore une parole de Jésus…
Mais il ne faut pas s’arrêter là. Lorsque Jésus agit, il nous dit qu’il met en acte les œuvres de son Père, et il continue cela aujourd’hui. Cela demande un apprentissage à regarder dans les actions humaines, la présence et l’action de Dieu. « O Jésus, merci de continuer en nous les œuvres du Père ! O très adorable Jésus, viens me faire découvrir ta présence auprès de ceux et celles que je rencontre ! » « O Jésus, je porte à ton attention telle et telle personne, merci de les accompagner ! »
La motivation d’une telle manière de faire oraison, nous dit Jean Eudes, « c’est de s’exciter à aimer Dieu par son Fils Jésus, et du coup, à penser à lui, à s’élever vers lui constamment, » ce qui permet de ne pas se laisser avoir par la tentation. C’est là une manière de lutter contre le péché. « O Jésus, merci pour Jean Eudes qui me donne un tel moyen ! O Jésus le miséricordieux, tu a pitié de ce que je suis en train de vivre, aide-moi à lutter contre ma pensée mauvaise qui se développe en moi ! »
Vivre ainsi en oraison mentale, cela nous est donné par Dieu, mais demande de notre volonté le désir de vivre ainsi en situation d’élévation vers le Père. Toutes les petites interpellations vocales dans ce que je vous dis sont là pour montrer qu’en parlant, en écoutant, nous pouvons être tourné vers Dieu. Ce n’est pas ce que je vous dis qui vous éduquera à vivre cette élévation, c’est Dieu lui-même et « O que c’est une grande grâce, merci ! » que d’avoir un tel enseignant.

2. La seconde manière de faire oraison, c’est la prière vocale en tant qu’elle peut devenir oraison.

Comme dit Jean Eudes, il s’agit de parler de bouche à Dieu, mais il met une condition, que la langue soit jointe avec le cœur. Il fait interagir trois éléments : « en parlant à Dieu de la langue, vous lui parliez aussi du cœur avec application d’esprit ». Cela veut dire que toute la personne est mobilisée : la tête, les sens et le cœur. Et alors « Mais que c’est merveilleux Seigneur que tu nous donnes de pouvoir être avec toi tout entier. Merci de nous permettre d’être totalement à toi. O mon Dieu, merci ! Merci de me donner cette possibilité d’être à toi. Je peux alors t’accueillir comme Marie t’a accueilli, son être entier disponible à ta présence », et alors lorsque je dis un chapelet, le bréviaire, lorsque je suis à la messe, je peux être tout entier tourné vers toi. « Je peux, comme dit Jean Eudes, occuper mon esprit et mon cœur en pensant à toi, en communiant à ta présence pendant que ma langue parle. » « O que me voilà tout neuf ; tu me fais la grâce de prier comme toi Jésus, tout occupé de cœur et d’esprit à ton Père tout en parlant et chantant les psaumes à la synagogue. »
Jean Eudes nous alerte, et l’on voit bien qu’il en a fait lui-même d’expérience : « si vous vous habituez à plusieurs prières vocales par routine et sans attention, vous sortirez de devant Dieu plus dissipé, plus froid et plus lâche en son amour que vous n’étiez auparavant. » Cela est vrai de la prière, comme de toutes nos habitudes. Nous pouvons devenir des routiniers de la rencontre de Dieu, tellement habitués à redire que nous rabâchons. « O Jésus, que ta grâce d’amour vers ton Père me remplisse ! O Jésus remplis mon cœur pour ne jamais m’habituer à des formules de prière ! » Et Jean Eudes de formuler une belle demande : « Que Jésus imprime en nous les dispositions et intentions saintes et divines avec lesquelles il faisait oraison ». « O Jésus, fais reposer sur moi ton Esprit ! Que mon oraison devienne ton oraison. »

3. La troisième manière, c’est de faire toutes nos actions en esprit d’oraison.

Une telle attitude peut nous devenir possible si nous saisissons que Jésus-Christ a vécu chaque chose de la vie courante, de la vie ordinaire, dans une attention divine. Il a élevé chacun de ses agirs quotidiens dans la pensée et en communion avec le Père. « O Père, en Jésus tu as accomplis tous nos gestes, tous nos actes, même les plus humbles. O Père aide-moi à te rejoindre ! Je me lève et tu es là, merci ; je marche et tu es là, merci ; je fais des courses et tu es là, merci ; je fais la vaisselle et tu es là, merci. O Père chacun de mes gestes est à toi, merci. » Et lorsque je vis toutes ces actions ordinaires je peux tourner mon cœur vers toi… être en oraison.

4. La quatrième manière de faire oraison se trouve dans la lecture « de bons livres »

J’aime bien cette manière de lire que Jean Eudes nous invite à vivre : « considérer, ruminer, peser et goûter les vérités qui nous touchent le plus dans la lecture que nous faisons. » Savoir s’arrêter dans la lecture pour se laisser pénétrer que ce que nous lisons, au point que le cœur s’éveille. Un cœur qui se tourne vers Dieu, un cœur qui se laisse atteindre, parce que l’écrit laisse passer une parole intérieure qui me rejoins, qui m’appelle, qui me suscite. « O Jésus, tu t’exprimes par la parole de l’autre, tu viens me rejoindre. O infinie grâce que de te révéler pour me transformer en ton attention, en ton amour. » Pour arriver à lire ainsi, Jean Eudes propose, au commencement de la lecture « d’avoir soin de donner notre esprit et notre cœur à Notre Seigneur, et de le supplier qu’il nous donne la grâce d’en tirer le fruit qu’il attend de nous, et qu’il opère en notre âme par cette lecture ce qu’il désire y réaliser pour sa gloire. » Nous voilà dans une double démarche : à la fois donner son cœur à Jésus, accueillir ce qu’il veut réaliser en nous. « O Jésus, ton attention envers moi est si grande que tu veux aussi agir en moi par les lectures que je fais ! O Jésus, quel étonnant amour qui veut autant de bien pour moi ! »

5. La cinquième manière de faire oraison c’est de parler de Dieu et d’en entendre parler

Il s’agit là de parler familièrement ensemble de Dieu. « Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Pour Jean Eudes, c’est tout le temps, à chaque rencontre, car nous sommes chrétiens. C’est alors tout un apprentissage à mener. Que disent des chrétiens à d’autres personnes, chrétiennes ou non ? Des paroles de paix, des paroles justes et vraies, des paroles de réconciliation et de pardon, des paroles d’espérance, des paroles qui rendent Jésus présent au cœur même de leurs discussions. Comme nous dit Jean Eudes, il s’agit d’apprendre à « parler le langage de notre Père ». En fait une relation porteuse de l’amour de Dieu pour chaque personne humaine, pour chaque personne rencontrée. « O Père pardon pour toutes les fois où je parle avec d’autres sans amour ! Pardon pour mes critiques, mes mensonges, mes malveillances ! O Père apprends-moi à parler comme Jésus l’a fait ! O Père, je me donne à toi, viens en moi ! » Et pour cela, Jean Eudes est exigent, il présente trois choses à observer, comme un devoir à faire : « nous devons puiser en Dieu les paroles que nous avons à dire ; nous devons parler devant Dieu, c'est-à-dire en reconnaissant Dieu présent en ceux et celles avec qui nous parlons ; nous devons parler en Jésus-Christ, c'est-à-dire avec ses dispositions et intentions. »
Une objection pourrait naître en nous : mais est-ce que je ne suis pas libre de parler comme je veux ? Pourquoi faut-il que je fasse toujours référence à Dieu ? Et Jean Eudes vient là nous interpeller : veux-tu servir la gloire de Dieu ? Veux-tu que Jésus prenne ses délices parmi nous ? Veux-tu vivre ces rencontres comme des temps d’oraisons ? Si non, fais comme il te semble. Si oui, n’hésite pas à suivre les conseils de Jean Eudes, ils permettent de rendre présent Jésus au cœur même de tes rencontres.

Il me semble qu’est réunie en une seule élévation tout ce que je viens de vous raconter en détail et que l’on trouve dans Vie et Royaume de Jésus p. 117-119 :
« O Jésus ! ô bon Jésus ! ô l'unique de mon cœur ! ô le bien-aimé de mon âme !
O l'objet de tous mes amours, quand sera-ce que je vous aimerai parfaitement ?
O mon divin soleil, illuminez les ténèbres de mon esprit, embrassez les froidures de mon cœur !
O lumière de mes yeux, que je vous connaisse et que je me connaisse, afin que je vous aime et que je me haïsse !
O ma douce lumière, faites que je voie clairement que tout ce qui n'est point vous n'est que néant, tromperie et vanité !
O mon Dieu et mon tout, séparez-moi de tout ce qui n'est point vous, pour m'unir tout à vous !
O mon cher Tout, soyez-moi tout, et que tout le reste ne me soit plus rien !
O mon Jésus, soyez-moi Jésus !
O la Vie de mon âme, ô le Roi de mes amours, vivez et régnez en moi parfaitement !
Vive Jésus, vive le Roi de mon coeur, vive la Vie de ma vie, et qu'il soit à jamais aimé et glorifié par tout et en toutes choses !
O feu divin, feu immense, qui êtes partout, feu consommant et dévorant, que ne me consommez-vous tout dans vos flammes sacrées ?
O feux, ô flammes célestes, venez fondre sur moi, et me transformez tout en une pure flamme d'amour vers mon Jésus !
O Jésus, vous êtes tout feu et tout flamme d'amour vers moi: eh que ne suis-je tout flamme et tout feu d'amours vers vous !
O Jésus, vous êtes tout à moi: que je sois tout à vous pour jamais !
Ah ! le Dieu de mon cœur ! Ah ! l'unique partage de mon âme, que veux-je au ciel et en la terre sinon vous ?
O « un » nécessaire ! C'est cet « un » que je cherche, c'est cet « un » que je désire, c'est cet « un » que je veux, c'est cet « un » qui m'est nécessaire, mon Jésus, qui est toutes choses, et hors lequel tout n'est rien.
Venez, ô seigneur Jésus, venez dans mon coeur et dans mon âme, pour vous y aimer vous-même parfaitement.
Hé Jésus, quand sera-ce qu'il n'y aura plus rien en moi qui soit contraire à votre saint amour ?
O Mère de Jésus, montrez que vous êtes Mère de Jésus, en le formant et faisant vivre dans mon âme !
O Mère d'amour, aimez votre Fils pour moi !
O bon Jésus, rendez-vous à vous-même au centuple tout l'amour que j'aurais dû vous rendre en toute ma vie, et que toutes vos créatures vous devraient rendre !
O Jésus, je vous offre tout l'amour du ciel et de la terre !
O Jésus, je vous donne mon coeur, remplissez-le de votre saint amour !
O Jésus, que tous mes pas rendent hommage aux pas que vous avez faits sur la terre !
O Jésus, que toutes mes pensées soient consacrées à l'honneur de vos saintes pensées !
O Jésus, que toutes mes paroles rendent hommage à vos saintes paroles !
O Jésus, que toutes mes actions rendent gloire à vos divines actions !
O ma Gloire, que je sois tout sacrifié à votre gloire éternellement !
O mon Tout, je renonce à tout ce qui n'est point vous, et me donne tout à vous pour jamais.

Je ne veux rien, et je veux toute chose,
Jésus m'est tout, sans lui tout ne m'est rien.
Otez-moi tout, donnez-moi ce seul bien,
Et j'aurai tout, n'ayant aucune chose. »
P. M MENEAU cjm
 

 

 
Prières d'après St Jean Eudes
pour la veillée du samedi soir
Regardez dans votre emploi
Jésus comme celui qui peut tout
et vous comme un instrument

Vous devez donc beaucoup vous appliquer à la prière pour réussir dans votre ministère, représentant sans cesse à Jésus-Christ les besoins de vos disciples, lui exposant les difficultés que vous avez trouvées dans leur conduite ; Jésus¬-Christ voyant que vous le regardez dans votre emploi comme celui qui peut tout, et vous comme un instrument qui ne doit se mouvoir que par lui, ne manquera pas de vous accorder ce que vous lui demanderez...
Il ne suffirait pas pour bien remplir votre ministère, d'exercer vos fonctions à l'égard des enfants, en vous conformant seulement à Jésus-Christ dans sa conduite et dans la conversion des âmes, si vous n'entriez pas aussi dans ses vues et dans ses intentions. Il n'est venu sur la terre, comme il le dit lui même, qu'afin que les hommes eussent la vie, et qu'ils l'eussent avec abondance (Jn 10, 10) ; c'est pour ce sujet qu'il a dit en un autre endroit que ses paroles sont esprit et vie (Jn 6, 63), c'est-à-dire qu'elles procurent la véritable vie, qui est celle de l'âme, à ceux qui les entendent, et qui, après les avoir entendues volontiers, les pratiquent avec amour.

Ce doit aussi être votre intention quand vous instruisez vos disciples, de faire en sorte qu'ils vivent d'une vie chrétienne, et que vos paroles soient esprit et vie pour eux.
    1. Parce qu'elles seront produites par l'esprit de Dieu, résidant en vous.
    2. Parce qu' elles leur procureront l'esprit chrétien, et que, possédant cet esprit qui est l'esprit de Jésus-Christ même, ils vivront de cette véritable vie qui est si avantageuse à l'homme qu'elle le conduit sûrement à la vie éternelle...
Ayez donc dans votre emploi des intentions toutes pures comme celles de Jésus-Christ même, et par ce moyen, vous attirerez sur vous et sur vos travaux, ses bénédictions et ses grâces.
Jean-Baptiste de La Salle




 
La prière apostolique - 1
 
 Au cours du colloque l’année dernière qui était intitulé : « L’Ecole Française, une source pour aujourd’hui »
J’avais partagé ce qui m’habitait et qui m’habite toujours : « Que le Christ soit le centre de ma vie ». A cette époque là, j’étais en discernement. Je quittais mon travail professionnel et on me proposait la responsabilité de la Maison Mère. Ce n’était pas tout à fait ce que j’avais rêvé !

Aujourd’hui, je vais très simplement vous dire comment j’essaie de faire le lien entre ma relation à Dieu et ma vie avec les autres. Pour ce partage, j’ai repris les 4 temps de la prière de Jean Eudes :
Accueillir
Rendre grâce
Demander pardon
S’offrir
Entre ces temps il y a des va et vient, ce n’est pas forcément dans l’ordre.

« S’abandonner au Christ par la foi, c’est accueillir son amour qui descend sur nous, c’est permettre qu’il nous aime, permettre qu’en nous et par nous il puisse aimer les autres de son amour »

Mon temps de prière personnelle le matin est très important pour moi. Les soucis, le travail ne m’ont pas encore rattrapée. ‘’Dieu, c’est Toi mon Dieu ! Dès l’aube je te désire ; mon âme a soif de Toi…’’ Dans notre Règle de vie au N° 30 il est dit : « L’oraison, élévation respectueuse et amoureuse de notre esprit et de notre cœur vers Dieu ».

Nous retrouvons ici les mots même de Jean Eudes sur la prière (‘’Prier, c’est continuer la prière de Jésus ‘’Royaume de Jésus, Œuvres complètes). Notre Règle continue : « l’oraison est un moment privilégié d’union avec Dieu, dans la foi et l’amour ». Avoir foi en l’amour de Dieu rejoint le besoin fondamental d’être aimé, car nous sommes tout le temps en attente d’amour. En recevant le Baptême, nous avons revêtu le Christ et comme Paul nous pouvons dire : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal.2, 20).

Ce temps de contemplation me permet de m’ouvrir au Christ, de prendre conscience de son amour : « tu comptes beaucoup à mes yeux » (Is 43,1-5), « je t’ai gravé sur la paume de mes mains » Il a posé son regard sur moi. Lui qui m’a appelée à sa suite de manière radicale. La prière me permet de me mettre à son écoute, de me laisser imprégner par sa Parole,
conduire par son Esprit.

En contemplant tant d’amour je me laisse pénétrer par la richesse de la Miséricorde pleine de tendresse de Dieu…Je peux rendre grâce car lui seul peut combler mon cœur…Lui seul peut me stimuler à demeurer dans l’Amour…

Si je reprends le N° 30 de notre Règle de vie : « la communion à Dieu dans la prière se traduit dans la vie en charité apostolique ». Au N° 79 : ‘’ La vie religieuse apostolique puise son dynamisme dans la foi et l’amour. De par leur baptême et leur profession religieuse, les Sœurs sont appelées à participer à la mission du Christ… ‘’
N° 81 ‘’ Dire Jésus-Christ, comme Amélie Fristel qui voulait ‘’donner ses pauvres à Dieu et Dieu à ses pauvres’, telle est la mission de la sœur… ‘’ N°83 ‘’ L’union au Christ est la condition essentielle et la mesure de la fécondité apostolique. « Celui qui demeure en Moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits « (Jn 15,5). N° 84 ‘’La sœur se donne au Christ, et sa prière se fait insistante pour qu’il la revête de ses sentiments, agisse en elle et par elle’’

Comment puis-je vivre la mission au moment où je prie et prier au moment où je vis ma mission ?
Comment progressivement cheminer du DEVENIR DISCIPLE au DEVENIR APÔTRE. C’est en sommes le ‘’VIENS et VOIS’’ qui s’élargit dans un ‘’VA’’

La foi me permet de regarder le monde avec les yeux du Christ ; elle m’aide à déceler la présence de Dieu caché dans toute personne et en particulier en chacune de mes sœurs. « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous comme je vous ai aimés » (Jn 13,34). Le Christ est le modèle suprême et unique de l’amour : je dois aimer comme Lui. Jean Eudes parlant de la charité dit : ’’Ce n’est pas sans raison que le Fils de Dieu, ayant dit dans son saint Evangile que le premier et le plus grand des commandements de Dieu est que nous l’aimions de tout cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces, nous déclare ensuite que le second commandement qui nous oblige à aimer notre prochain comme nous-mêmes, est semblable au premier. Car l’amour de Dieu et du prochain sont inséparables : ce ne sont pas deux amours, ce n’est qu’un seul et unique amour ; et nous devons aimer notre prochain du même cœur et du même amour dont nous aimons Dieu…c’est Dieu même que nous devons aimer dans le prochain’’ (Vie et Royaume, OC I, 257-260)

N° 74 ’’La charité fraternelle part du Cœur du Christ et doit souvent, pour être loyale et constante, passer par le renoncement et la croix. Ces sœurs qu’au départ la religieuse accepte de la main de Dieu, il lui faut ensuite les re-choisir chaque jour, comme elle re-choisit le Christ...’’ Comme j’accueille chaque matin l’Amour du Christ, je peux LUI offrir mes sœurs.
‘’Rassemblées par l’amour du Christ, c’est ensemble que les religieuses ont entrepris leur marche vers le Seigneur’’ N°66. Je loue le Seigneur pour tous les gestes d’entraide, de solidarité qui se vivent au sein de la communauté. Ces petits riens qui tissent la vie quotidienne et qui la rendent plus agréable, plus fraternelle.

Mais il ne faut pas penser que la vie fraternelle est un long fleuve tranquille. Chacune vit avec son éducation, son passé…elle reste avec son tempérament, son caractère… (notre communauté n’est sans doute pas unique pour cela?) les soucis de santé, la vieillesse ne facilitent pas toujours le : ’’oui, il est bon, il est doux pour des frères, pour des sœurs de vivre ensemble et d’être unis’’ Ps.133(132)
Ma prière alors se fait supplication et demande de pardon : pour moi-même : mes manques d’écoute, de disponibilité, pour mes sœurs leurs souffrances exprimées ou non. Il m’arrive d’avoir des différends avec l’une ou l’autre de mes sœurs, un regard sur ce Dieu qui m’habite me permet de faire une démarche de réconciliation. Pendant le carême nous avons vécu au sein de la communauté une liturgie du pardon. Je crois que chacune l’a vécue avec foi et sincérité; des gestes concrets ont été posés.
Accepter que Le Christ devienne de plus en plus le ‘’centre de ma vie’’, m’oblige sans cesse à m’oublier moi-même, à le laisser vivre sa vie en moi. Qu’il vienne lui-même prier en moi. Renoncement, croix, oubli de soi sont des attitudes que Jean Eudes ne cessent de proposer pour la méditation de chacun des mystères de la vie du Christ.

La prière apostolique des Sœurs ne se vit pas qu’au sein de la communauté, elle se veut ouverte sur le monde qui nous entoure.
Règle de vie N° 88 Quand la maladie, les infirmités ou l’âge obligent la sœur à renoncer aux activités extérieures, elle demeure un membre actif au service de l’évangélisation. Sa prière, le rayonnement de sa foi et de son espérance, la sérénité avec laquelle elle rejoint l’essentiel à travers les ruptures qu’elle vit et surtout l’offrande de sa vie unie au Sacrifice du Christ lui permettent de continuer effectivement la « mission de Jésus ».

Dans les orientations du chapitre 2006 il est dit : « La visée commune de la mission » :
Ensemble, Sœurs et Ami(e)s des SSCCJM,
à la manière d’Amélie Fristel, puisant dans l’héritage du Cœur de Jésus et de Marie,
nourri(e)s de la présence libératrice du Christ missionnaire,
soyons témoins de la tendresse du Père,
élargissons notre cœur aux dimensions du monde.

Les récits que nous partagent les Sœurs envoyées dans les différents lieux de mission, nourrissent et stimulent notre prière et nous font participer à leur apostolat.
N.87 … chacune, en esprit de solidarité, partage le « souci apostolique » de toutes les sœurs

Nous avons aussi la chance d’accueillir des groupes à la communauté (confirmands, jeunes confirmés, M.E.J. ou autres mouvements). Nous sommes heureuses lorsque que ces jeunes viennent nous dire pourquoi ils sont rassemblés, ce qui les anime. Ce partage nous permet de les porter dans notre prière. Ce qui est beaucoup apprécié : la participation et l’animation de l’Eucharistie.
Dans une dimension plus large : les nouvelles transmises par les journaux et la T.V.alimentent notre prière et nous font partager les joies et les peines de notre monde.

Je termine par cette prière

Seigneur Jésus me voici devant Toi, j’accueille ta Vie comme un cadeau.
Donne-moi la simplicité d’accueillir, émerveillée, la gratuité de ton Amour

Je te remercie de te révéler à moi, de me donner chaque jour ta Parole comme nourriture et chacune de mes sœurs à aimer. Donne-moi la persévérance de creuser, jour après jour, les conséquences pratiques de ton Evangile.
Merci d’avoir si intensément prié pour les tiens (Jn 17) V. 9-10 « Je te prie pour eux, je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donné : ils sont à toi et tout ce qui est à toi est à moi… »
V. 20 « Je ne prie pas seulement pour eux je prie aussi pour ceux qui, grâce à eux croiront en moi… » V.22 « …pour qu’ils soient un comme nous sommes un… » V.23 « …pour qu’ils parviennent à l’unité parfaite… »

Je reconnais ma difficulté à te prier, la pauvreté de ma relation avec toi. Pardon pour la distance entre ma prière et ma vie. Pardon pour toutes les fois où j’ai fait de la ‘’mission’’ une affaire personnelle pensant que j’étais capable à la ‘’force de mes poignets’’ de ‘’faire
des choses’’ plutôt que d’être témoin de ton amour et de ta tendresse. Pardon de ne pas avoir assez fait de ma prière une intercession apostolique.
Je m’offre pour te laisser vivre en moi, que ma prière et ma vie ne fassent qu’un, je te loue pour ce que je suis. Accorde à chacune des personnes que je rencontre, celles que tu me confies, la grâce d’être débordantes d’amour pour Toi et remplies de charité pour les autres.

Je fais mienne cette prière du Père Emmanuel Bonnet, ‘’Trente quatre poèmes d’amour à Jésus’’ inspirés de St Jean Eudes :

CEUX QUE TU M’AS DONNES

« …Je t’aime pour t’aimer, ton amour me suffit »
(Jean Eudes)

Et pour le monde aussi je fais cette prière :
Qu’enfin de ton amour brûle toute la terre !
Je te confie surtout ceux dont tu m’as chargé ;
Fais paraître en leur cœur l’éclatante victoire
De ton Esprit d’amour : que leur cœur soit changé
En une pure offrande à ta plus grande gloire.

Anéantis en eux leur propre volonté :
Qu’ils t’aiment plus que tout en toute pureté.
Ah ! quel bonheur pour eux si ta grâce divine
S’empare de leur cœur, les brûle, les fascine
Les comble, les remplit de ton unique amour,
Pour qu’ils vivent de toi maintenant et toujours.

Sr Marie-Annick SOREL ssccjm
 

 
 

 
La prière apostolique - 2

Il s’agit d’un partage sur l’expérience actuelle de la prière apostolique. Je parlerai donc en « je » mais l’important étant d’entendre l’œuvre de Dieu qui s’accomplit en nous. J’essaierai de partager la manière dont les événements mis en lien avec les textes de l’Écriture sainte, de mes Constitutions, de lectures, ont bousculé ma vie de foi et l’ont renouvelée ; comment ce que je vois, ce que j’entends, ce que je lis, interroge ma foi et imprègne ma prière. La prière étant généralement le lieu, le moment où, dans l’écoute, le travail spirituel s’incarne.

Avant La Roche du Theil

Pendant l’année 2006-2007 j’étais en année sabbatique où je m’étais donné 3 objectifs. Le 1er était de faire un approfondissement École Française et le second un perfectionnement en informatique.
Pour l’École Française, j’avais fait le choix de venir ici, à La Roche du Theil, parce que plusieurs projets de formations correspondaient à mes souhaits. Dans le même temps, j’avais dit à ma supérieure générale qui allait à l’Assemblée générale du groupe École Française à Paris : « si tu entends dire qu’un groupe de travail se forme, tu peux dire que je suis partante. » Un groupe de 10-12 personnes s’est constitué, où 7 congrégations étaient représentées. Par commodité, nous avons pris l’habitude de nous réunir à La Roche sans que, pour autant les Eudistes présents dans le groupe n’en deviennent responsables.

Au début de l’année 2007, ma supérieure générale me fait part d’un appel que le conseil général avait reçu pour envoyer une sœur à La Roche. « Tu lis ce courrier et tu regardes ce que ça fait », me dit-elle… Surprise totale pour moi ! J’aimais bien venir à La Roche, mais la perspective d’y vivre ne m’enchantait pas. Et pour y faire quoi ??

Je porte cette question dans ma prière. Les semaines passent, je reviens ici pour une retraite et un temps de formation. Puis, un jour, me saute aux yeux du cœur ce qui me retenait de vraiment dire oui. Devant Dieu, j’énumère et je regarde, lui demandant pardon pour ces semelles de plomb qui m’empêchaient de bouger. Et un jour, je revois ma supérieure générale à qui je dis : « si tu crois opportun que j’aille à La Roche, je suis disponible. » Je croyais que la suite allait être toute simple. Mais survient une grosse sciatique, une double sciatique, soignée à la cortisone et un peu plus tard une algodystrophie à une cheville ! Et là, je me dis : tout le travail de détachement qui s’est fait n’est donc pour rien ? Je me tourne vers Dieu, bien sûr, et aussi vers St Jean Eudes et je lui dis : « si tu veux vraiment que j’aille dans ta maison à La Roche, fais quelque chose ! »

Je suis alors provoquée à un autre travail spirituel. Je finissais de lire le gros livre de Paul Milcent sur St Jean Eudes et je découvrais l’ardeur de cet homme, son engagement passionné et total au service de Jésus et de son Royaume, mais aussi comment il est devenu fort dans sa fragilité, comment il a vécu avec ses accrocs de santé. Je tombe presque en même temps sur une lettre qu’il écrit à Mme de Budos, Abbesse de la Trinité à Caen. Je comprends un peu mieux quel est son secret. Il lui dit : « je suis tout rempli de compassion vers vous, vous voyant toujours en douleur et en langueur, et je serais rempli de douleur, n’était que je vois Jésus dans vos langueurs et dans vos douleurs. Je ne vois que Jésus, je n’y vois que sa bonté et son amour… Il est au milieu de vous. Il est dans vos angoisses et dans vos souffrances. Il y est tout transformé en amour vers vous ; il y est disposant et ordonnant par amour ces mêmes souffrances sur vous. »

Et il lui explique dans quelle disposition elle doit s’établir : Ne voyez rien que Jésus dans vos douleurs et dans vos souffrances ; ne voyez que sa bonté et que son amour, qui va ordonnant tout ce qui se passe au sujet de vous ; n’adhérez point à vos ennuis et déplaisirs ; ne les regardez point ; ne vous y appliquez point… Tournez-vous vers Jésus, qui est tout tourné vers vous, et qui a toujours ses yeux amoureusement fichés sur vous. »

Pas facile, me disais-je ; et à la suite de Thérèse d’Avila, j’avais envie de dire : pas étonnant Seigneur que tu aies si peu d’amis !
Donc, que faire ? Je prends ce texte à la légère ou bien je me laisse interroger ? À propos de la lecture spirituelle notre fondatrice nous recommande de « prendre le livre comme une lettre envoyée du ciel ». De la lecture spirituelle, dans notre 1er règlement de 1709. J’essaie donc d’accueillir ce qui se présente.

C’est alors qu’un lien se fait entre ma situation précaire, physiquement, et quelque chose que j’avais été amenée à travailler quelques mois auparavant. Il s’agit d’un texte de Bérulle ; je l’ai travaillé mais il m’a aussi beaucoup travaillée et m’a amenée à reconnaître mes rebellions intérieures. Je m’explique. Dans ce texte, Bérulle nous dit comment « Dieu créateur est sans cesse nous conservant, opérant en nous, nous produisant, et nous tirant du néant. Tellement que s’Il cessait de penser à nous, d’opérer en nous et de nous produire, au même moment nous cesserions d’être… Ce qui nous met en une plus grande dépendance de Dieu… Voilà notre essence et origine qui nous apprend le droit que Dieu a sur nous et le sentiment que nous devons avoir sur Dieu. »
Ces notions de droit et de devoir m'irritaient et je trouvais ce vocabulaire insupportable pour les gens d’aujourd’hui ! Quelques mots adroits d’un bon pédagogue posant la simple question : « et comment dire pour que cela devienne bonne nouvelle ? » puis des temps de prière, de rumination ont fait craquer les écailles de mes yeux et du cœur. J’ai fini par comprendre et accepter que le problème était en moi et que je parlais de ma propre difficulté à me reconnaître comme « créature », œuvre de Dieu ; j’avais du mal à me recevoir de Dieu chaque matin, telle que je suis, à me recevoir de Dieu dont le cœur est plein d’amour et qui, à chaque instant, me donne la vie le mouvement et l’être. Je dépends de Lui qui est me conservant, opérant en moi à chaque instant ! Et si je reconnais cette dépendance je lui rends grâce pour la vie qu’Il me donne. Cela ressemble à un nouvel enfantement. Peut-on naître une seconde fois ? disait Nicodème.

Dans le chapitre sur la vie apostolique, nos Constitutions disent :
Quelle que soit ta forme de présence ou de service, la Consécration religieuse te fait un cœur libre, ouvert, disponible à tous. C. 1.18, Vie apostolique
Sans doute me fallait-il passer par toutes ces étapes pour me libérer de mes attaches, de mes habitudes, pour me rendre disponible à la nouveauté de vie que représentait pour moi l’arrivée à La Roche. Sans doute fallait-il tout ce parcours pour reconnaître que toute vie est reçue de Dieu ; que toute mission est reçue de Dieu par les divers responsables concernés ; et que cette mission est une continuation de celle de Jésus. Long apprentissage, qui dure toute la vie. Je comprends mieux et j’accepte mieux cet article de nos Constitutions : « Entraîne-toi à l'acceptation courageuse des détachements quotidiens. Tu te prépares ainsi à assumer dans la paix des appauvrissements plus difficiles : maladie, infirmités, vieillesse, la mort même... Les mains vides, tu rencontreras ton Seigneur. » 1.36
Car ce sont ces détachements qui rendent le cœur libre, au quotidien.

À la Roche du Theil

Je suis donc au Centre depuis un an et demi. Je suis à l’accueil et au secrétariat et je m’occupe aussi de la librairie et de la carterie. Je suis en co-animation dans quelques propositions du Centre.
Au tout début, la consigne qui m’a été donnée était : « tu regardes, tu vois où tu peux te situer ».
Il y a donc un bon temps de découverte et d’apprivoisement : un rythme de vie, un contenu de travail, des temps de prière que je ne vivais pas de cette manière en petite communauté de 4 où il nous fallait sortir pour la messe ou tout autre célébration. Ici, à 5-6 mètres d’écart, nous avons 2 des 3 pôles névralgiques de la maison : l’accueil et la chapelle, le 3ème étant les salles à manger et la cuisine. C’est à l’accueil que l’on note qui vient, quand, pour combien de temps. Qui manque de quoi, qui s’inquiète de quoi et a besoin de savoir où aller pour manger, dormir, travailler, prier, marcher, rencontrer telle ou telle personne, où, à quelle heure... c’est la plaque tournante.

Nos constitutions disent :
Vis pleinement l'instant présent et dans une attitude intérieure de silence laisse-toi transformer par le Christ. Aie à cœur de créer un climat de paix pour favoriser, en toi et tes sœurs, l'écoute de l'Esprit ; cela te demandera une certaine ascèse. Toute action t'invitera à rendre grâces. Fortifiée par la présence du Dieu vivant, tu retourneras vers le service de tes frères ; eux aussi te révéleront Jésus-Christ. C. 1.23

Je crois que je n’avais jamais fait autant attention à ce point de nos Constitutions que depuis que je suis ici. C’est tout un programme de vie. Ma Congrégation n’est pas eudiste, mais au fur et à mesure que j’entends des commentaires ou des méditations sur le message de St Jean Eudes je retourne voir ce que disent nos textes de congrégation. De notre fondatrice, nous n’avons qu’un tout petit livre, le 1er règlement de la Société de Filles qu’elle a fondée en 1682. C’est une sorte de condensé de ce qu’elle souhaitait pour ses Filles et c’est finalement un petit trésor tout emprunt de la pensée de Bérulle et de Vincent de Paul. Ce que j’entends ici et ce que nous partageons dans notre groupe inter-congrégation me permet d’en apprécier de plus en plus la richesse.

À l’accueil, et ailleurs bien sûr, tout se joue dans l’interrelationnel. Dieu se dit par et dans les autres.
Je vais donner un exemple qui a été plein d’enseignement pour moi. Un samedi après-midi, alors que j’étais ici depuis 4 ou 5 mois, il y avait une rencontre du groupe « Brins de vie », les célibataires chrétiens, et une rencontre « Foi et Lumière ». Un homme arrive, appelons-le Joseph. Je lui demande pour quel groupe il vient. La réponse me semble confuse ; je l’oriente vers la salle où était le groupe « Foi et Lumière ». Plus tard, on me dit : « non, non, c’est pour Brins de Vie ». J’attends la responsable de ce groupe. « Oui, Joseph vient avec nous », dit-elle. Le soir, ce même Joseph revient à l’accueil pour savoir où il allait dormir. Je ferme l’accueil et je l’accompagne jusqu’au bâtiment où il devait aller. En arrivant à la communauté, où j’étais attendue, je raconte d’où je viens et ce que je venais de faire. La manière dont j’ai raconté les choses a fait que nous avons ri ; en fait, nous avons ri de ce pauvre homme ! Mais, quelque temps plus tard, je me retrouve dans un groupe de partage avec des laïcs. Le thème du jour tournait autour de l’accueil fraternel. Quelqu’un a relu un texte connu du groupe où il était dit à peu près ceci :
Ai-je soif de rencontrer l'autre parce qu'il m'apporte un reflet du visage de mon Seigneur, et que je cherche Celui que mon cœur aime, comme dit le Cantique des Cantiques, Ct 3 ? Et parce que cet autre m'offre son écoute ou sa parole, son attention, sa présence, ou parfois des choses plus difficiles à vivre...

J’ai eu l’impression de recevoir un coup sur la tête ou au cœur ! M’est revenu, d’une façon un peu cuisante aussi, le message de notre fondatrice qui « propose comme maxime fondamentale à ses sœurs de se considérer comme destinées, par la volonté de Dieu, pour servir Notre Seigneur Jésus Christ en la personne des pauvres ». Et son texte privilégié dans le Nouveau Testament est : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » J’ai alors reconnu ma propre pauvreté en pensant à ce qui s’était passé avec Joseph. La petite voix intérieure me disait : « tu te gargarises de beaux mots, mais tu dis et ne fais pas ! » Lui, ne s’est rendu compte de rien, je pense. Mais en moi, la remise en cause a été rude... et salutaire. Inutile de dire que j’ai prié plus d’une fois pour lui et que je le garde en mémoire…
Chaque jour dans un désir de conversion, demandant lumière et pardon, tu prends conscience de l'action de Dieu en toi. C. 1.22

Il y a peu de temps, j’ai partagé cette aventure avec une laïque qui m’a dit : « tu pourrais encore aller plus loin et te demander pourquoi tu as ri, sachant que l’autre est souvent un miroir pour nous. Autrement dit, tu peux regarder en toi ce que tu n’acceptes pas ou n’as pas accepté de toi. » Aïe ! Nouvel éclairage ô combien salutaire ! Et ceci me ramène encore à Bérulle : me recevoir de Dieu, m’accueillir chaque jour, à chaque instant, comme je suis, sans rêver ou me désoler de n’être pas ceci ou cela.

Tu (le) reconnais aujourd'hui [Jésus-Christ] dans les événements et en toute personne, en particulier dans les pauvres, que tu sers, quelle que soit leur pauvreté. Tu le suis, disponible pour la mission confiée. C. 1.2
C’est un point de nos Constitutions qui prend plus de poids pour moi aujourd’hui en pensant à celui que j’ai nommé Joseph.

Il y a 20 ans nous nous sommes donné un petit document que nous avons appelé « Nos Sources Spirituelles », ce qui correspond aux anciens Directoires qui voulaient donner plus de chair aux Constitutions. Nous n’avons pas de chapitre sur la prière mais un court texte intitulé : « unifier notre vie en Dieu » où l’on essaie de méditer sur la source de l’unité de nos vies apostoliques.
Jésus, en prenant chair en notre humanité, a unifié en lui notre chemin vers Dieu. Dans un même acte de foi, nous allons à sa rencontre dans la prière comme dans le pauvre ou le malade, l’enfant ou le jeune, l’inconnu ou l’ami. Un même désir d’être à Dieu nous anime dans les temps forts de la prière comme dans les temps forts de l’action. Dans ce monde, où le Verbe de Dieu a demeuré parmi les siens, l’Esprit de Jésus est toujours à l’œuvre. Si nous sommes dans une attitude d’ouverture, de dialogue et de relation, toute rencontre est possible, celle de l’homme et celle de Dieu. Jésus nous a appris le chemin : l’unité de notre vie se situe dans l’accueil de Dieu comme Père, " Notre Père qui es aux cieux ", et dans l’accueil de tout être humain comme frère, " quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur et ma mère " Mat. 1,50. Car, écouter Dieu, c’est se mettre devant lui, seul et tous ensemble, en situation de fils, d’"enfants " d’un même Père, comme des frères. Accueillir ainsi Dieu comme Père et tout être humain comme un frère unifie notre vie. Si bien que, quitter l’Oraison pour aller vers les frères c’est quitter Dieu pour aller à Dieu. Alors, notre vie trouve sens pour aujourd’hui où l’au-delà est déjà commencé.

J’ai pris l’exemple de ma remise en cause à propos de l’accueil pour montrer comment le va et vient constant entre l’accueil, le partage, la prière seule ou avec des laïcs, les textes de congrégation, la Parole de Dieu, éclaire, conteste, décape parfois, stimule et renouvelle la vie intérieure, la vie avec Dieu et avec les autres. Le Père Milcent explique cela très bien.
Ainsi conçue, la prière donne une nouvelle profondeur, une vérité plus totale à ma relation avec l'autre ; et la densité même de ma relation avec l'autre nourrit ma connaissance de Dieu qui est amour. Mais la prière ne me fait pas regarder ailleurs : c'est en portant mon regard vers l'autre - mais un regard que la prière même purifie et rend pénétrant - que je contemple le mystère de Dieu.
P. Milcent, cjm

La prière

J’ai évoqué plus haut les 2 pôles, comme 2 pivots de la maison : l’accueil et la chapelle.
Dans la prière, les Pères eudistes aiment à rappeler de temps en temps que le Directeur de la maison c’est le Seigneur, au centre de la maison comme au centre de nos vies. Les temps forts communautaires de la prière rythment la journée pour la communauté des Pères, celle des sœurs et pour toute personne ou tout groupe qui souhaite s’y joindre. On se retrouve pour les Laudes, la messe, les Vêpres précédées d’un temps d’adoration du St Sacrement
Nos constitutions disent : « La prière des heures, matin et soir, t'introduit dans la louange et l'intercession de l'Église. Dans la mesure du possible, tu la célébreras en communauté. »
À vrai dire, en petite communauté de 3 ou 4 sœurs, j’avais un peu perdu l’habitude d’une telle régularité. Souvent, des laïcs proches du Centre se joignent à nous pour ces temps de prière, y compris pour le temps d’adoration eucharistique. Leur présence surtout, m’a interrogée le plus et me stimule pour retrouver le sens et le bienfait surtout du temps d’adoration.
Prends le temps d'adorer Jésus-Christ présent dans le Pain de Vie. C. 1.21, disent nos Constitutions.
Et encore :
Contemple Jésus-Christ ; avec Lui, entre et demeure dans le mouvement d'Amour qui l'unit au Père. Laisse-le t'aimer, te configurer à Lui dans l'oraison à laquelle tu consacres chaque jour un temps suffisamment long, au moins une demi-heure. C. 1.20

Ces temps de prière structurent, nourrissent, fortifient mon adhésion à Celui qui me donne vie et m’envoie à sa mission.

Nous prions les uns avec les autres. Nous nous portons mutuellement dans la prière, et nous portons dans notre prière les personnes et les groupes qui passent ici. Je découvre alors la dimension sacerdotale de la prière. Notre 1er règlement de 1709 disait déjà :
Elles s’offriront et toutes leurs actions à Dieu, en union de l’offrande que Jésus-Christ Notre-Seigneur
a faite de lui-même à son Père, pendant qu’il vivait sur la terre. Elles uniront leurs prières à ses prières, leurs jeûnes à ses jeûnes, leurs peines et leurs souffrances à sa passion, et toutes leurs actions à ses actions, considérant que Jésus-Christ a déjà offert à son Père toutes ces choses avec ses actions, et ainsi elles concluront leur offrande avec la sienne pour n’en faire qu’une des deux, parce qu’il est la voie par laquelle on va à son Père. Dans le chapitre intitulé : De la perfection des actions ordinaires.

La vie à La Roche a été et est encore pour moi pleine de surprises qui sont autant de cadeaux du Seigneur. Souvent, en écoutant des homélies, des méditations, des commentaires de textes de St Jean Eudes me vient au cœur cette interpellation de Dieu en Gn 3 : « Adam, où es-tu ? », qui devient en moi : « Marie-Louise, où en es-tu de l’alliance conclue avec moi ? »

Autant dire que la vie de prière apostolique, la vie de foi, est en continuel cheminement. « Notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi. » Puisse-t-il en être ainsi.

Sr Marie-Louise VALLEE cnde


 


 
La pluralité des pratiques de la prière chez saint Jean Eudes

Après ce repas, nous voilà rassemblés pour la dernière ligne droite de notre colloque. J’espère que vous avez essayé de mettre déjà en œuvre ce que nous avons perçu de l’élévation hier. Mais combien il est difficile lorsque l’on met un morceau de nourriture dans la bouche d’avoir une élévation vers le Seigneur… c’est une démarche qui en appelle à la grâce de Dieu pour qu’elle puisse s’accomplir non seulement de manière voulue et désirée, mais aussi pour devenir une démarche, une attention aussi naturelle que marcher.
Jean Eudes en est bien conscient, à la fois d’avoir reçu cette grâce, mais aussi de notre propre difficulté humaine à la mettre en œuvre.
Aussi nous conduit-il comme un papa avec ses enfants, comme un maître avec ses élèves, afin de nous proposer des chemins qui peuvent mener à cette élévation qui fait que l’on puisse dire avec toute l’audace d’un enfant : « pour moi, vivre, c’est le Christ ».
Si vous voulez, nous allons l’écouter nous faire diverses propositions afin que notre cœur soit toujours soulevé en l’amour de Dieu. Sans doute en oublierai-je… veuillez m’en excuser d’avance, et peut-être vais-je privilégier celles qui me sont plus familières… mais n’est-ce pas l’objet de notre colloque que de parler de la prière en tant qu’expérience spirituelle, et non pas de parler des théories de la prière. Alors allons-y, osons.

1. Le mouvement de la prière à quatre temps

Ce que je retiens en premier, c’est le fait d’avoir continuellement en mémoire la prière que nous appelons à 4 temps, mais pour laquelle Jean Eudes propose un 5ème temps. Il s’agit d’une attitude de prière dont l’axe peut être un des mystères de la vie de Jésus, une de ses vertus, une de ses paroles. Celle que je vous livre est celle du matin, chemin à suivre pour tous les moments importants de notre vie. Que nous nous mettions à travailler, que nous allions faire des courses, que nous allions participer à l’eucharistie… vivre ce mouvement d’adoration, de remerciement, de contrition, de donation de nous-même à Jésus, et encore que Marie soit notre compagne qui nous permet de nous offrir à Dieu. OC 2, p. 293-294

ACTE D'ADORATION
O mon Seigneur Jésus, je vous adore de tout mon coeur, comme mon Dieu, mon Créateur et mon Sauveur; et j'adore dedans vous, par vous et avec vous la très sainte Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, un seul Dieu, créateur, conservateur, gouverneur et réparateur de toutes choses.

ACTE DE REMERCIEMENT
O mon Dieu, je vous remercie infinies fois de ce qu'il vous a plu me garder durant cette nuit, et de toutes les autres faveurs que j'ai reçues de vous en toute ma vie.

ACTE DE CONTRITION
O bon Jésus, je vous demande miséricorde pour toutes les fautes que j'ai commises, durant cette nuit et en toute ma vie, contre votre infinie bonté. Pardonnez les moi, s'il vous plaît, car je les déteste et y renonce de tout mon coeur pour l'amour de vous même.

ACTE DE DONATION DE SOI MÊME À NOTRE SEIGNEUR
O mon Sauveur, je me donne tout à vous, et par vous, à votre Père éternel. Je vous donne et vous consacre mon corps, mon coeur, mon âme, mon esprit, ma vie, toutes mes pensées, paroles, actions, mortifications et souffrances; vous protestant que je ne veux rien faire ni souffrir aujourd'hui et en toute ma vie que pour votre pure gloire, et que je désire que toutes mes pensées, paroles et actions, et même tous mes pas, toutes mes respirations, tous les battements de mon coeur et de mes veines, soient autant d'actes de louanges et d'amour vers vous. Faites, s'il vous plaît, ô mon Dieu, par votre très grande miséricorde, que cela soit ainsi, et que je meure plutôt aujourd'hui que de vous offenser. Oui, mon cher Jésus, je vous supplie derechef et de tout mon coeur que vous me donniez la grâce de souffrir plutôt mille morts que de vous offenser mortellement.

ACTE D'OBLATION À LA SAINTE VIERGE ET AUX SAINTS
O Mère de Jésus, je m'offre à vous: offrez moi, s'il vous plaît, à votre Fils, et le priez qu'il me donne la grâce de mourir plutôt aujourd'hui que de commettre aucun péché.
O bienheureux saint Joseph, ô bienheureux saint Gabriel, mon saint Ange et tous les Saints de Jésus, je me donne à vous, afin que vous me donniez à mon Seigneur Jésus, et que vous le priiez pour moi qu'il m'ôte plutôt la vie que de souffrir que je perde sa grâce par le péché.


Comme vous pouvez le remarquer, ces actes à faire par notre prière sont tous des élévations… le problème habituel que nous avons, c’est que, par exemple, en se levant, nous pensons à la façon dont nous allons occuper notre journée… mais nous oublions que le Seigneur va accompagner toutes nos journées… c’est là qu’il nous faut nous remettre en lui.
De plus pour Jean Eudes, ce sont des actes à faire. La prière est action, aussi importante que boire ou manger. Car pour lui, la prière est active et vient activer notre être. La prière est nourriture de vie, et vient fortifier notre être. La prière est don de soi envers Dieu et vient activer notre être doué de charité, d’attention aux autres, de service. En fait c’est la rencontre avec Jésus à chaque instant qui va nous mettre en mouvement, alors que bien souvent nous pensons que c’est nous-mêmes… et nous nous en attribuons les mérites. Cette action de prière est continuel acte de conversion, et nous fait mesurer de plus en plus nos propres faiblesses, nos propres limites.
Alors pour penser que c’est bien Jésus qui nous met en mouvement profondément, il nous propose bien d’autres moyens.


2. La prière de l’« Ave Cor » et les litanies.

Cette salutation va rejoindre le chemin des litanies, si chères à St Jean Eudes. En effet, lorsque l’on apprend petit à petit à saluer le cœur très saint de Jésus et de Marie, nous entrons en sa présence. Une salutation rejoint toutes les salutations de la Bible, mais voilà que ce n’est plus Dieu qui vient saluer une personne, c’est l’homme qui vivent saluer Dieu. Nous ne pouvons le saluer que parce que nous avons conscience qu’il est là avec nous. Une salutation n’est pas une prière continuelle, mais une prière événementielle dans la journée qui me fait reconnaître cette présence continuelle, et du coup me donne envie de le saluer au cœur même des différentes actions que l’on réalise. O que c’est bon lorsque l’on écrit de pouvoir dire « je te salue cœur très aimant de Jésus et de Marie, tu es là dans ma recherche, dans mon écriture, que ton cœur rejaillisse sur ceux et celles qui liront, qui écouteront » !
Cette salutation permet aussi de prendre autrement la rencontre avec l’autre lorsque je lui parle ou que j’aie envie de le juger. O qu’il est merveilleux de saluer ce cœur miséricordieux à ce moment, et de pouvoir lui dire : « je te donne mon cœur pour aimer celui qui est en face de moi. » Vous percevez alors qu’essayer d’agir ainsi demande de se laisser pénétrer de cette prière de l’Ave Cor. Nous la reprendrons tout à l’heure ensemble, mais qu’elle imprègne notre vie. Et Jean Eudes la proposait à ceux et celles qui, reconnaissant leur péché, comprenaient qu’ils devaient se remettre en Dieu.
Je viens lier à cette prière les litanies. Jean Eudes en a composé beaucoup. Ce n’est plus tellement la pratique aujourd’hui que de reprendre des litanies. Cependant elles ont un rythme qui nous fait nous balancer au rythme de Dieu lui-même. En fait, et peut-être est-ce cela qui nous dérange le plus au fond, les litanies nous convertissent, et nous ne voulons pas forcément être convertis.

Laissons-nous faire par cette litanie au cœur de Jésus OC 8, p. 703-sv :

Seigneur, ayez pitié de nous.
Christ, ayez pitié de nous.
Seigneur, ayez pitié de nous.
Jésus, écoutez nous.
Jésus, exaucez nous.
Père céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.
Coeur très divin de Jésus, ayez pitié de nous
Coeur très aimant,
Coeur très doux,
Coeur très humble.
Coeur très miséricordieux,
Coeur très fidèle,
Coeur du Père éternel,
Source du Saint Esprit,
Plénitude de la Divinité,
Sanctuaire de la sainte Trinité,
Trône de la divine Volonté,
Coeur de la Vierge Mère,
Coeur adorable,
Coeur aimable.
Coeur admirable,
Coeur incomparable,
Fournaise d'amour,
Miracle de sainteté,
Modèle de patience,
Miroir d'obéissance,
Exemple de toutes les vertus,
Source de toutes les grâces,
Coeur blessé d'amour,
Coeur brisé de douleur,
Coeur percé d'une lance,
Temple de la charité,
Autel de l'amour,
Sacrificateur des coeurs,
Encensoir d'or,
Holocauste éternel
Calice enivrant,
Nectar déifique.
Consolateur des affligés,
Refuge des pécheurs,
Zélateur de nos âmes,
Ravisseur de nos coeurs,
Notre riche héritage,
Notre douce espérance,
Source de nos joies,
Bien aimé de nos coeurs,
Trésor de nos coeurs,
Paradis de nos coeurs,
Vie de nos coeurs,
Roi de nos coeurs,
Soyez nous propice, pardonnez nous, Jésus.
Soyez nous propice, exaucez nous, Jésus.
De tout péché, délivrez-nous, Jésus.
De tout amour désordonné, délivrez nous.
De l'aveuglement du coeur, délivrez nous.
De la négligence de vos inspirations, délivrez-nous.
De la mort éternelle, délivrez-nous.
Par l'amour très ardent de votre Coeur, exaucez-nous Jésus.
Par son horreur suprême du péché, exaucez nous.
Par son amour infini pour le Père éternel,
Par sa tendresse incomparable pour sa très sainte Mère,
Par son extrême amour pour la croix,
Par les cruelles douleurs qu'il a éprouvées,
Par la rupture que lui fit éprouver pour nous sur la croix la violence de son amour et de sa douleur,
Par ses joies éternelles,
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Jésus.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous Jésus.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Jésus.
Jésus, écoutez nous.
Jésus, exaucez nous.

Comment vous sentez-vous après une telle prière litanique ? On a l’impression que l’on ne connaît pas encore assez Jésus… que l’on n’est pas encore à lui… quelle conversion encore à opérer en nous ! O oui, Jésus exauce-moi, viens vivre en moi, viens m’enseigner comment vivre à ta suite…

Mais nous n’en avons pas encore fini… Les litanies, cela prend du temps, et le temps nous est si cher que nous oublions de le prendre pour Dieu.


3. Les chapelets qui accompagnent la vie

Alors Jean Eudes nous livre des chapelets à dire tout en continuant à travailler, à marcher, chaque fois que notre esprit s’égare ; afin de nous ressaisir en lui.
Par exemple, il nous présente le chapelet du Père éternel :
« C’est le chapelet du Père de Jésus, parce qu'il s'adresse au Père éternel, pour le prier qu'il loue et glorifie son Fils Jésus en nous, et pour nous.
Ce chapelet est composé de trente quatre petits grains, en l'honneur des trente quatre années de la vie de Jésus sur la terre. Au commencement, il faut dire trois fois ces paroles: « Venez, Père de Jésus », pour invoquer et attirer en nous le Père de Jésus, et pour nous donner à lui, afin qu'il détruise en nous tout ce qui est contraire à la gloire de son Fils, et qu'il l'y glorifie en toutes les manières qu'il désire.
À chaque petit grain, il faut dire ainsi : « Père éternel, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie ».
C'est la prière que le Fils de Dieu a faite à son Père éternel, en la veille de sa mort. C'est pourquoi nous ne pouvons faire aucune prière au Père éternel, qui lui soit plus agréable que celle ci, et en laquelle nous lui puissions faire une demande qui lui plaise davantage que celle que nous lui faisons en cette prière.
Mais, en disant cette prière, souvenez vous qu'elle est sortie du Coeur et de la bouche de Jésus, et vous unissez à l'humilité, à la pureté, à l'amour, et à toutes les saintes dispositions et intentions avec lesquelles ce même Jésus l'a faite, pour supplier le Père éternel qu'il glorifie son Fils Jésus par tout le monde, qu'il détruise en vous et en tous les hommes tout ce qui est contraire à sa gloire qu'il y mette toutes les grâces et vertus requises, afin qu'il y soit parfaitement glorifié, et qu'enfin il emploie lui même la puissance de son zèle et de son amour vers son Fils pour l'y glorifier en toutes les manières qu'il désire.
Aux gros grains, il faut dire: Gloire à toi Jésus qui est né de la Vierge Marie etc; et, en le disant, offrir à Jésus toute la gloire qui lui a été, est et sera rendue à jamais au ciel et en la terre. »

Pour le plaisir, je vous livre un autre chapelet de St Jean Eudes qu’il appelle le chapelet du saint amour de Jésus en OC I p. 410 ss

« Il y a trois dizaines en ce chapelet, et quatre grains, qui font trente quatre petits grains, en l'honneur des trente quatre années de la vie toute d'amour que Jésus a menée sur la terre.
Au commencement il faut dire: «Venez, ô Saint Esprit, remplissez le coeur de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour. » Et ce pour invoquer et attirer en nous le saint amour de Jésus, qui est son Saint Esprit, et pour nous donner à lui, afin qu'il détruise en nous tout ce qui lui est contraire, et qu'il aime lui même Jésus en toutes les manières qu'il désire.
À chaque petit grain, il faut dire ces paroles tirées en partie de l'Évangile, en partie de saint Augustin, à l'imitation de saint Pierre, qui dit trois fois « Je t’aime » à Notre Seigneur, lorsque, après sa résurrection, il lui demanda s'il l'aimait:: « Je vous aime, ô très aimable Jésus, je vous aime, ô bonté infinie, je vous aime de tout mon coeur, de toute mon âme, et de toutes mes forces et je veux vous aimer toujours de plus en plus.»
En disant le premier Amo te, il faut désirer de le dire en tout l'amour que le Père éternel porte a son Fils. En disant le second, il faut avoir intention de le dire en tout l'amour que le Fils de Dieu se porte à soi même. En disant le troisième, il faut avoir volonté de le dire en tout l'amour que le Saint Esprit porte à Jésus, nous souvenant que le Père éternel, en nous donnant son Fils, nous a tout donné avec lui, comme dit saint Paul en Ro 8, 32, et par conséquent que l'amour du Père, du Fils et du Saint Esprit est à nous, et que nous avons droit de l'employer, comme chose nôtre, à aimer Jésus.
En disant : « de tout mon coeur », il faut entendre cela du Coeur de Jésus, de celui de la sainte Vierge, et de tous les coeurs des Anges et des Saints du ciel et de la terre, lesquels tous ensemble ne sont qu'un seul coeur avec le très saint Coeur de Jésus et de Marie, par l'union qui est entre tous ces coeurs, et ce Coeur est notre coeur, puisque saint Paul nous assure que toutes choses sans exception sont à nous: 1 Co 3, 22 et par conséquent nous le pouvons et devons employer, comme chose nôtre, à aimer Jésus.
En disant : « de toute mon âme », il faut entendre cela de l'âme sainte de Jésus, de celle de la Sainte Vierge, et de toutes les saintes âmes qui sont au ciel et en la terre, lesquelles toutes ensemble, par l'union de la charité, ne sont qu'une seule âme, laquelle est nôtre et dont nous devons faire usage pour aimer celui qui nous l'a donnée.
En disant : « de toutes mes forces », il faut avoir intention d'employer toutes les puissances de la divinité et humanité de Jésus, et toutes les forces de toutes les créatures qui sont au ciel, en la terre et dans l'enfer même, comme chose nôtre, à aimer Jésus.
En disant ces dernières paroles : « et je veux vous aimer toujours de plus en plus », il faut avoir intention, non seulement d'employer toute notre volonté à vouloir aimer Jésus, mais encore d'y employer toute l'étendue et la capacité infinie de la divine volonté de Jésus qui est nôtre, et de laquelle par conséquent nous pouvons et devons nous servir, pour vouloir aimer ce même Jésus d'une volonté infinie et digne de lui, notre volonté propre et naturelle n'étant pas capable de l'aimer dignement.
Aux grosses marques du chapelet, il faut dire ces paroles de saint Augustin:  « O feu, qui êtes toujours ardent et ne vous éteignez jamais, ô amour, qui êtes toujours fervent et qui jamais ne vous refroidissez, enflammez moi, embrasez moi tout, afin que je sois tout feu d'amour vers vous. »
Ou bien au lieu de cela vous pourrez dire: Veni, sancte Spiritus etc., comme il a été dit.
Je vous dirai encore ici par occasion qu'il est fort bon de dire les paroles susdites: Amo te, amantissime Jesu etc., après la sainte communion. Car, possédant en nous plus particulièrement en ce temps là l'amour du Père, du Fils et du Saint Esprit, avec le Coeur divin et l'âme sainte de Jésus, et toutes les puissances de sa divinité et de son humanité, c'est alors que nous avons droit plus que jamais d'employer toutes ces choses là, comme choses pleinement nôtres, pour aimer Jésus. Et c'est alors que nous pouvons bien lui dire avec vérité, dans les intentions que nous avons marquées: Amo te, amantissime Jesu amo te, etc.
Comme aussi il est bon, en ce même temps, de dire ce verset du Psalmiste « Bénissez le Seigneur, ô mon âme, et que toutes les choses qui sont en moi bénissent son saint nom »; entendant cela de Jésus, qui est en nous pour lors, comme l'âme de notre âme; comme aussi de la très sainte Trinité et de toutes les merveilles du ciel et de la terre, qui sont en nous par la sainte Eucharistie, laquelle est un abrégé de toutes les merveilles de Dieu; et désirant que toutes ces choses, qui sont pour lors en nous, soient employées à bénir et glorifier Jésus pour nous, comme aussi à bénir, glorifier et aimer la très sainte Trinité, et toute la plénitude de la divinité qui habite en Jésus. »


Qu’en pensez-vous, quelle invention de la part de Jean Eudes, quel amour vers Jésus, vers Dieu, au point qu’il prend la liberté de ne pas dire des « Je vous salue » dans un chapelet comme nous le redisons avec le chapelet de la Vierge Marie, mais à vivre le chapelet dans sa profondeur. Il nous invite à faire de cette prière un temps de notre vie tout orienté à Jésus. Et combien de fois nous nous disons qu’il faut s’arrêter pour dire le chapelet… et il nous fait découvrir qu’un chapelet, c’est une attention tournée vers Dieu toujours à vivre quelles que soient les actions que nous menons. Et nous pouvons inlassablement reprendre « Je t’aime cœur très aimant de tout mon cœur, de toute ma force, de tout mon esprit » en écoutant Jésus dire à son Père : « Je t’aime cœur très aimant de tout mon cœur, de toute ma force, de tout mon esprit ». Et nous pouvons reprendre inlassablement avec Marie : « Je t’aime quand je te vois tourné vers les malades, je t’aime lorsque je te vois rendant la dignité à une personne, je t’aime lorsque je te vois communiquant l’amour de ton Père… » et petit à petit toute notre vie se fait prière au cœur du monde, parce qu’Il se fait prière au cœur même de notre propre vie.

Juste avant de terminer, voilà une bénédiction qui peut être fréquemment redite après chaque prière et pour laquelle Jean Eudes y trouvait un bénéfice réconfortant, et même une manière de lutter contre le mal lorsqu’il se présentait.
Nos cum Prole pia benedicat Virgo Maria .
C'est à dire: « Béni soit à jamais le très doux Nom de Notre Seigneur Jésus Christ, et de la très glorieuse Vierge Marie sa Mère. Que le pieux Enfant de la Vierge Marie et sa très sainte Mère nous bénissent.» Puis faire le signe de la croix en disant: « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. Ainsi soit il. »

Voilà quelques manières de prier sans oublier que la plus forte, la plus intense, c’est le temps pris pour l’oraison ; ce temps qui éclaire tous les moments de notre vie pour en faire un acte d’offrande à Dieu. Pardonnez-moi d’avoir été si long, mais c’est si beau de se dire que tout peut concourir à notre rencontre avec Jésus, et en même temps, c’est si bon de se dire que nous avons des moyens qui nous y aident. A la fois des lois de la prière, et la liberté d’y vaquer du moment que tout l’être y est donné à Dieu.

Père Michel MENEAU cjm


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